Roger Caillois

Tout pouvoir vient d’une discipline et se corrompt dès qu’on en néglige les contraintes.
Le sacré est ce qui donne la vie et ce qui la ravit, c’est la source d’où elle coule, l’estuaire où elle se perd.
Le monde abonde en alphabets hors d’usage, dont le code est perdu.
Le fantastique suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager.
Le bourreau et le souverain forment couple.
La soumission implique la possibilité de l’arrogance et de la révolte: de la stabilité sort le mouvement.
La liberté n’existe que là où l’intelligence et le courage parviennent à mordre sur la fatalité.
Je rends grâce à cette terre qui exagère tant la part du ciel.
Il n’est pas pour la civilisation de danger plus redoutable que le fossé que l’on voit parfois s’élargir entre le discours et la coutume.
D’où l’homme tirera-t-il sa force, s’il n’entretient pas en soi la colère et l’appétit de plusieurs fauves?