Pascal

Pesons le gain et la perte, en prenant croix que Dieu est. Estimons ces deux cas: si vous gagnez, vous gagnez tout – si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu’il est, sans hésiter.
On se persuade mieux, pour l’ordinaire, par les raisons qu’on a soi-même trouvées, que par celles qui sont venues dans l’esprit des autres.
On ne s’imagine Platon et Aristote qu’avec de grandes robes de pédants. C’étaient des gens honnêtes et, comme les autres, riant avec leurs amis – et, quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l’ont fait en se jouant.
Nous sommes plaisants de nous reposer dans la société de nos semblables: misérables comme nous, impuissants comme nous, ils ne nous aideront pas – on mourra seul.
L’imagination est la maîtresse d’erreur et de fausseté, d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours.
Ni la contradiction n’est marque de fausseté, ni l’incontradiction n’est marque de vérité.
Ne pouvant fortifier la justice, on a justifié la force.
Mien, tien. «Ce chien est à moi, disaient ces pauvres enfants – c’est là ma place au soleil.» Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre.
L’imagination ne peut rendre sages les fous, mais elle les rend heureux à l’envi de la raison qui ne peut rendre ses amis que misérables.
L’homme qui n’aime que soi ne hait rien tant que d’être seul.