Aragon

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir: son haleine différemment l’embue.
La parole n’a pas été donnée à l’homme: il l’a prise.
Jusqu’ici, les romanciers se sont contentés de parodier le monde. Il s’agit maintenant de l’inventer.
Un beau soir l’avenir s’appelle le passé, c’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse.
On pense à partir de ce qu’on écrit et pas le contraire.
L’enfer existe. Il est la part du plus grand nombre.
Le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard.
L’avenir c’est ce qui dépasse la main tendue.
La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui, pour effacer ses traces.
La poésie, notre poésie se lit comme le journal. Le journal du monde qui va venir.