Ronsard

Songes qui, sans tromper par une vanité, dessous un voile obscur montrent la vérité.
Que ta puissance, ô Mort, est grande et admirable!
Vous, chênes, héritiers du silence des bois, entendez les soupirs de ma dernière voix.
Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain. Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie.
Punissez-vous vous-même, afin que la justice de Dieu qui est plus grand, vos fautes ne punisse.
On ne meurt point, on change seulement de forme en autre, et ce changer s’appelle mort, quand on prend une forme nouvelle…
O Ciel net, pur et beau, haute maison de Dieu, qui prêtes en ton sein à toutes choses lieu.
Mignonne, allons voir si la rose, qui ce matin avait déclose sa robe de pourpre au soleil, a point perdu cette vesprée, les plis de sa robe pourprée et son teint au vôtre pareil.
Mais toujours le plaisir de douleur s’accompagne.
Le vrai trésor de l’homme est la verte jeunesse, le reste de nos ans ne sont que des hivers.