| Valéry, Paul (1871-1945),
poète français, auteur de la Jeune Parque et de Charmes,
qui fut le chantre de la « poésie pure ». Paul Valéry naquit le 30 octobre
1871 à Sète : la présence du soleil et de la mer devaient illuminer
de nombreuses pages de sa poésie, et le cimetière marin de la ville
lui inspirer un poème célèbre. Valéry poursuivit ses études secondaires
à Montpellier. D'abord désireux de faire l'École navale, il dut y renoncer
en raison d'un niveau insuffisant en mathématiques, et entra à la faculté
de droit. Passionné de poésie, il lut Hugo, Gautier, Baudelaire puis,
par l'intermédiaire de À Rebours, de Huysmans, il découvrit
les poètes symbolistes, en particulier Verlaine et Mallarmé. C'est sous
l'influence de ces lectures qu'il composa ses nombreux poèmes. En 1890,
il se lia d'amitié avec Pierre Louÿs, qui lui fit rencontrer Mallarmé,
José Maria de Heredia et Gide. Son activité poétique semblait alors
sur la voie de l'épanouissement, puisqu'il avait fait paraître quelques
poèmes dans la revue la Conque, par l'intermédiaire de Louÿs. Mais brusquement,
en 1892, à Gênes, il décida de renoncer à la carrière littéraire, qu'il
jugeait dangereuse pour la rigueur de la pensée. Installé à Paris en
1894, Valéry fut reçu au concours de rédacteur au ministère de la Guerre,
et occupa ce poste jusqu'en 1900, date à laquelle il devint secrétaire
particulier d'un administrateur de l'agence Havas. Ce dernier poste
lui permit de fréquenter des milieux professionnels très divers, tout
en disposant de loisirs suffisants pour un travail de lecture et de
réflexion personnel. Pendant une vingtaine d'années, Valéry s'activa
ainsi à fortifier son esprit, s'adonnant à l'étude des mathématiques,
cherchant à saisir le fonctionnement de l'esprit. Cette période de réflexion
donna lieu à plusieurs publications, comme Introduction à la méthode
de Léonard de Vinci (1895) ou la Soirée avec M. Edmond Teste
(1896). Cet ouvrage de fiction présente le personnage de M. Teste, sorte
d'intelligence à l'état pur, qui sert à l'auteur d'objet d'expérimentation.
Dès cette période et jusqu'à la fin de sa vie, Valéry prit l'habitude
de consigner, tous les matins et pendant plusieurs heures, la totalité
de ses réflexions dans des cahiers. Deux cent cinquante-sept cahiers
furent écrits, témoignage irremplaçable sur la vie d'un esprit et d'une
pensée, pris dans leurs exercices quotidiens. Bien qu'ayant renoncé
à la création poétique, Valéry ne s'était pas coupé des cercles littéraires
parisiens : il continua à fréquenter le cercle réuni autour de Mallarmé
jusqu'à la mort de celui-ci en 1898, et il voyait régulièrement Pierre
Louÿs, André Gide et Heredia. C'est sous l'influence de ses amis, et
en particulier de Gide, qu'il accepta de remanier ses poèmes de jeunesse
pour les publier en un recueil, Album de vers anciens (1920).
Pour compléter cet ouvrage, Valéry composa la Jeune Parque (1917),
un long poème en alexandrins, présentant la vie intérieure d'une jeune
femme sur un rivage, partagée entre l'appel de ses désirs voluptueux
et une innocence que seule la mort lui permettrait de préserver. Cette
allégorie traite en réalité de l'opposition entre la conscience et l'inconscience,
de la lutte entre l'absolu de l'intelligence lucide et l'instinct et
la sensualité. Poème philosophique (qui aurait pu se dévoyer dans l'abstraction),
la Jeune Parque repose sur un jeu très concerté d'images et de
sonorités, véritable « composition musicale à plusieurs parties ». Dès
sa publication, le poème eut un important succès et apporta à Valéry
une renommée qui devait être confortée quelques années plus tard avec
le recueil Charmes (1922) où figure le célèbre Cimetière marin.
Les vingt et un poèmes composant ce recueil se voulaient, selon les
termes de Valéry lui-même, une tragédie de l'esprit. Affirmant que «
la vie de l'intelligence constitue un univers lyrique incomparable,
un drame complet où ne manquent ni l'aventure, ni les passions, ni le
comique, ni rien d'humain » (Discours sur Descartes), Valéry
retrace dans Charmes un drame de l'intelligence, où chaque poème
pourrait constituer une étape dans l'aventure de la connaissance. Mais,
comme dans la Jeune Parque, la dimension intellectuelle de la
poésie n'empêche pas son extrême sensualité, ni sa dimension suggestive,
mystérieuse et magique, qu'atteste le titre incantatoire de Charmes
(carmen en latin signifie « parole magique », « enchantement »). La
production poétique de Paul Valéry prit fin avec Charmes. La
plupart des écrits qu'il produisit par la suite et jusqu'à sa mort furent
des préfaces, des articles, des essais, des conférences. Cet ensemble,
qui aborde des domaines aussi variés que la littérature, la philosophie,
la politique, la poétique et l'esthétique, fut rassemblé dans Variétés
(Variété, 1924 ; Variété II, 1929 ; Variété III,
1936 ; Variété IV, 1938 ; Variété V, 1944) et dans
Tel Quel I et II. L'immense succès de Paul Valéry avait fait de
lui une sorte de poète officiel : élu à l'Académie française en 1925,
il fut nommé professeur de poétique au Collège de France en 1937, et
reçut des funérailles nationales. Paul Valéry est mort le 20 juillet
1945 à Paris. Autorisation de se tuer, seulement au parfaitement heureux.
Avec les femmes, c’est toujours la même chose; d’abord au bras, puis dans les bras, puis sur les bras. Avec elles, on va à chaque fois des petits mots aux grands mots et enfin, aux gros mots.
Baisers, baves d'amour,
basses béatitudes,
Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Bêtise et poésie. Il y a des relations subtiles entre ces deux ordres. L'ordre de la bêtise et celui de la poésie.
C'est en copiant qu'on invente.
Calme, calme, reste
calme!
Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d'être faux.
Ce qui est le meilleur dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien.
Ce qui m'est difficile m'est toujours nouveau.
Ce qui m'intéresse n'est pas toujours ce qui m'importe.
Ce qui n'est pas entièrement achevé n'existe pas encore. Ce qui n'est pas achevé est moins avancé que ce qui n'est pas commencé.
Ce qui n'est pas fixé n'est rien. Ce qui est fixé est mort.
Ce qui étonne dans les excès des novateurs de la veille, c'est toujours la timidité.
Ce qu’on peut reprocher à la philosophie, c’est qu’elle ne sert à rien.
Ce toit tranquille,
où marchent des colombes,
Celui qui n'a pas nos répugnances nous répugne.
Ceux qui voient les choses trop exactement ne les voient donc pas exactement.
Chacun est à chaque instant mené par ce qu'il voit le plus nettement, composé avec ce qu'il voit le moins clairement.
Chaque homme sait une quantité prodigieuse de choses qu’il ignore qu’il sait.
Classique est l'écrivain qui porte une critique de soi-même, et qui l'associe intimement à ses travaux.
Comme le fruit se fond
en jouissance,
Ecrire purement en français, c'est un soin et un amusement qui récompense quelque peu l'ennui d'écrire.
En toute chose inutile, il faut être divin. Ou ne point s'en mêler.
Entre deux maux, il faut choisir le moindre.
Est prose l'écrit qui a un but exprimable par un autre écrit.
Filles des nombres d'or
Fontaine, ma fontaine,
eau froidement présente,
Il est beaucoup plus simple de construire un univers que d’expliquer comment un homme tient sur ses pieds. Demandez à Aristote, à Descartes, à Leibniz et à quelques autres.
Il faut n'appeler Science que l'ensemble des recettes qui réussissent toujours. Tout le reste est littérature.
Il n'y a d'universel que ce qui est suffisamment grossier pour l'être.
Je n'hésite pas à le déclarer, le diplôme est l'ennemi mortel de la culture.
Je ne sais pas ce qu'est la conscience d'un sot, mais celle d'un homme d'esprit est pleine de sottises.
L'Europe deviendra-t-elle ce qu'elle est en réalité, c'est-à-dire: un petit cap du continent asiatique?
L'Histoire est la science des choses qui ne se répètent pas.
L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement rien, car elle contient tout et donne des exemples de tout.
L'existence des voisins est la seule défense des nations contre une perpétuelle guerre civile.
L'histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré.
L'homme de génie est celui qui m'en donne.
L'homme est absurde par ce qu'il cherche, grand par ce qu'il trouve.
L'homme est animal enfermé - à l'extérieur de sa cage. Il s'agite hors de soi.
L'homme vaut-il la peine de déranger un Dieu pour le «créer»?
L'inspiration est l'hypothèse qui réduit l'auteur au rôle d'un observateur.
L'intelligence - faculté de reconnaître sa sottise.
L'école n'est pas seule à instruire les jeunes. Le milieu et l'époque ont sur eux autant et plus d'influence que les éducateurs.
La cause de la dépopulation? La présence d'esprit.
La facilité n'explique pas tout; et le vice a ses sentiers aussi ardus que ceux de la vertu.
La faiblesse de la force est de ne croire qu'à la force.
La jeunesse est un temps pendant lequel les convictions sont, et doivent être, mal comprises: ou aveuglément combattues, ou aveuglément obéies.
La jeunesse est une manière de se tromper qui se change assez vite en une manière de ne plus même pouvoir se tromper.
La philosophie est chose ni plus ni moins sérieuse qu’une suite en ré mineur.
La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde.
La vanité, grande ennemie de l'égoïsme, peut engendrer tous les effets de l'amour du prochain.
Le bonheur a les yeux fermés.
Le goût est fait de mille dégoûts.
Le moi est haïssable... mais il s'agit de celui des autres.
Le monde est irrégulièrement semé de dispositions régulières.
Le monde ne vaut que par les ultras et ne dure que par les modérés.
Le monde, qui baptise du nom de progrès sa tendance à une précision fatale, cherche à unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort.
Le mépris du dieu pour les esprits humains se marque par les miracles.
Le plus farouche orgueil naît surtout à l'occasion d'une impuissance.
Le secret d'un homme d'esprit est moins secret que le secret d'un sot.
Le talent sans génie est peu de chose. Le génie sans talent n'est rien.
Le vrai snob est celui qui craint d'avouer qu'il s'ennuie et qu'il s'amuse, quand il s'amuse.
Les grandes flatteries sont muettes.
Les grands hommes meurent deux fois, une fois comme hommes, et une fois comme grands.
Les hommes se distinguent par ce qu'ils montrent et se ressemblent par ce qu'ils cachent.
Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme: le feu, l'humide, les bêtes, le temps, et leur propre contenu.
Les maîtres sont ceux qui nous montrent ce qui est possible dans l'ordre de l'impossible.
Les petits faits inexpliqués contiennent toujours de quoi renverser toutes les explications des grands faits.
Les «raisons» qui font que l'on s'abstient des crimes sont plus honteuses, plus secrètes que les crimes.
Nous entrons dans l'avenir à reculons.
O Soleil ...
Par malheur, il y a dans chaque philosophe un mauvais génie qui répond, et répond à tout.
Que de choses il faut ignorer pour «agir»!
Si l'Etat est fort, il nous écrase. S'il est faible nous périssons.
Tout ce que l'on dit de nous est faux; mais pas plus faux que ce que nous en pensons. Mais d'un autre faux.
Tout classicisme suppose
un romantisme antérieur...
Tout homme contient une femme. Mais jamais sultane mieux cachée que celle-ci.
Tout système est une entreprise de l'esprit contre lui-même. Une oeuvre exprime non l'être d'un auteur, mais sa volonté de paraître, qui choisit, ordonne, accorde, masque, exagère.
Toute vue de choses qui n'est pas étrange est fausse. Si quelque chose est réelle, elle ne peut que perdre de sa réalité en devenant familière. Méditer en philosophe, c'est revenir du familier à l'étrange, et dans l'étrange affronter le réel.
Trouver n'est rien. Le difficile est de s'ajouter ce qu'on trouve.
Un homme compétent est un homme qui se trompe selon les règles.
Un homme digne refuse ce qu'on lui refuse, plus que ne le lui refusent ceux qui le lui refusent.
Un homme qui n'a jamais tenté de se faire semblable aux dieux, c'est moins qu'un homme.
Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme à idées n'est jamais sérieux.
Un état bien dangereux: croire comprendre.
Une femme intelligente est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l'on veut.
Une oeuvre dure en tant qu'elle est capable de paraître tout autre que son auteur l'avait faite.
Véritablement bon est l'homme rare qui jamais ne blâme les gens des maux qui leur arrivent.
«L'esprit» est peut-être un des moyens que l'Univers s'est trouvé pour en finir au plus vite.
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