| Unamuno, Miguel de
(1864-1936), philosophe et écrivain espagnol, auteur du Sentiment
tragique de la vie. L'un des plus grands écrivains de l'Espagne
contemporaine, Unamuno fut un homme de passions et de contradictions,
à l'image de l'Espagne de son temps. Né à Bilbao et formé à l'université
de Madrid, Miguel de Unamuno y Jugo fut professeur de grec à l'université
de Salamanque de 1891 à 1901. Il devint recteur en 1900. Il adhéra au
parti socialiste en 1894. Contraint de démissionner de son poste administratif
en 1914, en raison de ses attaques contre le gouvernement du roi Alphonse
XIII, il continua cependant à enseigner le grec. En 1924, sa campagne
contre le régime de Miguel Primo de Rivera y Orbaneja lui valut d'être
déporté aux Canaries. Il s'installa ensuite en France, où il vécut en
exil volontaire jusqu'à la fin du régime de Primo de Rivera, en 1930.
Unamuno retrouva alors son poste de recteur à Salamanque. S'il prit
dans un premier temps la défense de l'armée rebelle espagnole et de
son général Francisco Franco, il les dénonça peu avant sa mort. Unamuno
fut à la fois poète, romancier, dramaturge et critique littéraire. Sa
pensée, marquée par l'œuvre de Schopenhauer et de Kierkegaard, n'est
pas systématique, et trouve une expression non conceptuelle dans la
littérature et les écrits religieux. Son œuvre est tout entière marquée
par le refus de tout système et l'affirmation de la « foi dans la foi
elle-même ». Il développa des thèmes existentiels en proposant, notamment
dans son Journal intime, des réflexions inquiètes sur la mort, l'angoisse,
le doute et la foi. Parmi ses livres, on trouve des textes littéraires,
Niebla (Brouillard, 1914), Trois Nouvelles exemplaires
(1920), aussi bien que des ouvrages de philosophie, le Sentiment
tragique de la vie (1912) et l'Agonie du christianisme (1925). Ce que l'homme cherche dans la religion, c'est de sauver sa propre individualité, de l'éterniser, ce qu'on n'obtient ni avec la science, ni avec l'art, ni avec la morale.
Ce sont les martyrs qui font la foi plutôt que la foi ne fait les martyrs.
Dire que Dieu existe, sans dire ce qu'est Dieu et comment il est, équivaut à ne rien dire.
Dis-moi, quelle nécessité y a-t-il à l'existence de Dieu, du monde et de tout? Pourquoi doit-il y avoir quelque chose? Ne crois-tu pas que cette idée de nécessité n'est que la forme suprême que prend le hasard dans nos esprits?
Il n'est pire intolérance que celle de la raison.
Il n'y a pas d'opinions, mais des gens qui donnent la leur.
L'exigence n'a pas de raison d'être, elle est au-dessus de toutes les raisons.
L'humilité consiste à transiger avec le mensonge.
L'érudition est dans beaucoup de cas une forme mal déguisée de la paresse spirituelle, ou un opium pour endormir les inquiétudes intimes de l'esprit.
La faim de Dieu, la soif d'éternité et de survie, étouffera toujours cette pauvre joie de vivre qui passe et ne demeure point.
La vie est doute, et la foi sans le doute n'est autre que la mort.
Le bonheur est une chose qui se vit et se sent, et non qui se raisonne et se définit.
Le suprême triomphe de la raison est de jeter le doute sur sa propre validité.
Ne pas verser, pour ce qui est du langage, vin nouveau en vieilles outres.
Nous ne vivons que de contradictions et pour des contradictions, la vie est tragédie et lutte perpétuelle sans victoire et sans espoir de victoire; elle est contradiction.
Si un philosophe n'est pas un homme, c'est tout ce qu'on veut, sauf un philosophe.
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