| Talleyrand (1754-1838),
homme d'État et diplomate français, qui se distingua lors de la Révolution
française et des guerres napoléoniennes, et joua un rôle déterminant
lors du congrès de Vienne. Né le 2 février 1754 à Paris dans une illustre
famille de la noblesse, Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord se destinait
à l'armée. Devenu boiteux à la suite d'un accident, il fut contraint
d'y renoncer et, bien que sans vocation, s'orienta vers une carrière
ecclésiastique largement facilitée par ses origines aristocratiques.
Agent général du clergé de France à vingt-deux ans (1780), il continua
à jouir à Paris de la « douceur de vivre » comme il l'écrivit dans ses
mémoires, avant qu'il ne devienne évêque d'Autun en 1788. Élu député
de son ordre aux états généraux (1789), il adopta la cause de la révolution.
Proche de Mirabeau, il se prononça dès le début des séances pour la
réunion des trois ordres et joua un rôle décisif à l'Assemblée constituante
dans la nationalisation des biens du clergé. Lors de la fête de la Fédération
nationale (14 juillet 1790), il célébra la messe au Champ-de-Mars, invitant
les prêtres de son diocèse à prêter serment à la constitution civile
du clergé. Devenu chef du clergé constitutionnel, il fut déclaré schismatique
par le pape et excommunié. Il renonça à la dignité épiscopale et se
sépara peu après de l'Église. Sous l'Assemblée législative débuta pour
lui une longue carrière diplomatique. Sa première mission le conduisit
à Londres où il fut envoyé pour obtenir la neutralité de l'Angleterre.
Adjoint de l'ambassadeur, il fut accusé, après le 10 août 1792, d'avoir
intrigué pour le duc d'Orléans et compromis par la découverte des papiers
secrets de Louis XVI. Ayant tenté en vain de se disculper, il repartit
pour la Grande-Bretagne en septembre 1792, fut mis sur la liste des
émigrés et tomba sous le coup d'un décret d'arrestation de la Convention.
Expulsé d'Angleterre en 1794, il s'expatria aux États-Unis d'où il revint
en 1796 avec sa maîtresse, madame Grand, qu'il épousa en 1803. Rayé
de la liste des émigrés, bénéficiant d'un soutien de poids en la personne
de Germaine de Staël, il fut nommé au poste de ministre des Relations
extérieures par Barras, poste qu'il conservera après le coup d'État
du 18 Brumaire qu'il avait appuyé, en dépit des accusations de malversations
dont il avait été l'objet sous le Directoire. Ministre des affaires
étrangères de Napoléon Bonaparte, il fut l'inspirateur des articles
organiques du concordat de 1801, et dirigea avec succès et habileté
la politique extérieure de l'Empire. Rendu en 1802 à l'état séculier,
il négocia les traités de Lunéville, d'Amiens, de Presbourg et de Tilsit,
et devint un des grands dignitaires du régime. Immensément riche et
vivant avec ostentation, il fut fait successivement grand chambellan
(1804), prince de Bénévent, un véritable fief impérial mis à sa disposition
(1806), puis vice-grand électeur (1807). Mais il se sépara de Napoléon
Ier sur des questions de politique étrangère, et perdit son ministère
dès 1807. En 1808, à Erfurt, Talleyrand poussa en secret le tsar à se
dérober aux accords que lui proposait Napoléon. Ayant également intrigué
contre l'empereur avec Fouché, il tomba en disgrâce en 1809. Il resta
néanmoins membre du Conseil impérial, se vendit comme conseiller et
comme espion à la Russie et à l'Autriche, et attendit son heure. Chef
du gouvernement provisoire de 1814, il contribua à faire voter par le
Sénat la déchéance de Napoléon Ier et se ralliant opportunément à la
monarchie légitime, favorisa l'accession de Louis XVIII au pouvoir.
Réintégré dans ses fonctions de ministre des Affaires étrangères par
le roi, il négocia le premier traité de Paris (mai 1814) et connut son
heure de gloire lors du congrès de Vienne (1815). D'une France accablée
par la défaite, il réussit à faire surgir une France respectable et
hautement considérée par ses vainqueurs, prouvant à cette occasion son
génie diplomatique. Par ses intrigues et son habileté manœuvrière, il
divisa les alliés en concluant une alliance avec l'Autriche et l'Angleterre,
et put limiter les exigences de la Prusse et de la Russie. Ses efforts
diplomatiques furent pourtant en grande partie ruinés par l'épisode
des Cent-Jours qui ramena temporairement Napoléon Ier au pouvoir. Président
du Conseil au début de la seconde restauration (juillet 1815), il fut
contraint de démissionner peu après, face à l'hostilité des ultras de
la « Chambre introuvable ». Redevenu simple membre de la Chambre des
pairs, le prince de Talleyrand comme il se faisait modestement appeler,
ne joua plus qu'un rôle effacé, défendant la liberté de la presse et
se rangeant dans le camp de l'opposition libérale au régime de la Restauration.
Il se prononça en faveur de la branche d'Orléans lors de la révolution
de juillet 1830 et fut nommé ambassadeur à Londres par Louis-Philippe.
De 1830 à 1834, il y déploya une habileté extrême, participant à la
Conférence consacrée à la Belgique (1830-1831) et à celle sur les affaires
ibériques. Il contribua ainsi au rapprochement franco-britannique et
à la future indépendance du royaume de Belgique (1839). Affaibli par
son grand âge, il souhaitait finir dans l'estime générale et celle de
l'Église. Avec autant de dignité que de rouerie, il réussit à se réconcilier,
sans s'humilier, avec cette dernière. Recevant les derniers sacrements
sur son lit de mort, l'ancien ecclésiastique devenu un libertin sans
pareil rappela au prêtre que l'extrême-onction se fait sur le dos et
non sur la paume quand il s'agit d'un évêque … Parmi les enfants naturels
de ses nombreuses amours, il faut citer Charles de Flahaut (qui eut
lui-même pour fils naturel de la reine Hortense le duc de Morny, demi-frère
de Napoléon III) et le peintre Eugène Delacroix. Très intelligent et
cultivé, mais âpre au gain et peu encombré de scrupules moraux, il gardait
en diplomatie la figure impassible d'un grand seigneur pétri de raffinement
héréditaire et l'empreinte de son éducation ecclésiastique. Toute sa
vie, Talleyrand a su s'adapter aux circonstances pour mieux les tourner
à son avantage. En politique intérieure, il a en effet toujours incarné
la légitimité, militant pour la réconciliation de la Révolution avec
la France d'Ancien Régime, ce en quoi il fut le parfait opposé de Fouché,
malgré de brefs rapprochements qui n'allèrent jamais sans arrière-pensées.
Partisan pragmatique d'un équilibre européen, il refusa d'appuyer la
subversion européenne d'un Bonaparte qu'il considérait comme dangereusement
mégalomane, trop conscient des menaces que ce dernier faisait peser
sur la France. Personnage fascinant, ayant suscité une avalanche de
biographies, de pièces de théâtre et mêmes de films, Talleyrand a écrit
des mémoires, qui furent publiées en 1891-1892 et qui sont un véritable
modèle du genre. Dans la lignée d'un Richelieu, il reste un des hommes
d'État les plus complexes et les plus énigmatiques de l'histoire de
France. Ce qui est, presque toujours, est fort peu de choses, toutes les fois que l'on ne pense pas que ce qui est produit ce qui sera.
Dans les temps de révolutions, on ne trouve d'habileté que dans la hardiesse, et de grandeur que dans l'exagération.
En France nous avons 300 sauces et 3 religions. En Angleterre, ils ont 3 sauces mais 300 religions.
Il croit qu'il devient sourd parce qu'il n'entend plus parler de lui.
Il y a quelqu'un qui a plus d'esprit que Voltaire, c'est tout le monde.
Il y a trois sortes de savoir: le savoir proprement dit, le savoir-faire et le savoir-vivre; les deux derniers dispensent assez bien du premier.
Il y a une chose plus terrible que la calomnie, c'est la vérité.
L'industrie ne fait qu'affaiblir la moralité nationale. Il faut que la France soit agricole.
La parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée.
Le mariage est une si belle chose qu'il faut y penser pendant toute sa vie.
Les femmes pardonnent parfois à celui qui brusque l’occasion, mais jamais à celui qui la manque.
Les mécontents, ce sont des pauvres qui réfléchissent.
Là où tant d'hommes ont échoué, une femme peut réussir.
Méfiez-vous du premier mouvement, il est toujours généreux.
Ne dites jamais de mal de vous. Vos amis en diront toujours assez.
Qui n'a pas vécu dans les années voisines de 1780 n'a pas connu le plaisir de vivre.
Si cela va sans dire, ça ira encore mieux en le disant.
Soyez à leurs pieds. A leurs genoux... Mais jamais dans leur mains.
Un ministère qu'on soutient est un ministère qui tombe.
Voilà le commencement de la fin.
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