| Swift, Jonathan
(1667-1745), écrivain irlandais d'origine anglaise. Né le 30 novembre
1667 à Dublin, Swift y fit ses études au Trinity College, puis partit
pour l'Angleterre en 1689 afin de servir de secrétaire au diplomate
et écrivain sir William Temple qui était un parent éloigné de sa mère.
Swift, qui ne s'entendait pas avec son employeur, regagna l'Irlande
en 1694 et entra dans les ordres. Pourtant, en 1696, il se réconcilia
avec Temple et revint chez lui pour faire l'éducation d'Esther Johnson,
fille d'un de ses proches. Swift resta là jusqu'à la mort de son protecteur
en 1699, jouissant d'une grande liberté qui lui permettait de s'adonner
à la lecture et à l'écriture. L'un des premiers ouvrages de Swift s'intitule
la Bataille des livres (rédigé en 1697, publié en 1704) et consiste
en une parodie de la querelle des Anciens et des Modernes, querelle
qui faisait rage à l'époque dans les cercles littéraires et dont Temple
avait à souffrir. Swift y prend la défense des Anciens et, par une satire
féroce, attaque la pédanterie et le simulacre d'érudition alors en vigueur
dans les cercles distingués. Parut ensuite le Conte du tonneau
(1704), sa satire la plus amusante et la plus originale : il se moque
avec une ironie sans égale des diverses formes de pédanterie, notamment
dans les domaines de la littérature et de la religion. Ce livre souleva
des doutes sur l'orthodoxie religieuse de son auteur et offensa la reine
Anne, ce qui fut certainement fort préjudiciable à la carrière ecclésiastique
de Swift en Angleterre. Sur le plan politique, Swift se prétendait du
parti des whigs malgré son désaccord avec eux sur de nombreuses questions
importantes. Lorsqu'en 1710 les tories prirent le pouvoir en Angleterre,
il n'hésita d'ailleurs pas à se ranger dans leurs rangs. Il écrivit
alors une série de petits textes satiriques acerbes à l'encontre des
whigs, prit en charge la rédaction de l'Examiner, la publication officielle
du parti tory, et composa nombre de pamphlets dans lesquels il défendait
habilement la politique menée par son parti. Parmi ces derniers,
la Conduite des Alliés, qui préparait la paix avec la France, fut
le plus éloquent et le plus influent. Écrit en novembre 1711, ce texte,
dans lequel Swift accusait les whigs d'avoir volontairement prolongé
la guerre de la Succession d'Espagne, eut assez d'impact pour entraîner
le renvoi du commandant en chef des armées britanniques, John Churchill,
1er duc de Marlborough. Swift commença la rédaction du Journal à
Stella en 1710. Dans cet ouvrage, Stella n'était autre qu'Esther
Johnson. Cet ensemble de lettres intimes, que l'auteur adressait à la
jeune femme, est rédigé en des termes affectueux, parfois puérils et
nous révèle un aspect inattendu de la personnalité énigmatique de son
auteur. On ignore la nature exacte des relations qui liaient Swift et
Stella, mais il semblerait qu'ils se soient mariés en secret. Il n'y
eut qu'une autre femme dans la vie de l'auteur, la fameuse Vanessa,
de son vrai nom Esther Vanhomrigh. Fille d'un négociant de Dublin d'origine
hollandaise, elle fut comme Esther Johnson l'élève de Swift. Elle s'éprit
de lui mais la profondeur de ses sentiments n'était, semble-t-il, nullement
partagée. En 1713, Swift fut nommé doyen de la cathédrale Saint-Patrick
à Dublin. Mais l'année suivante, avec la chute des tories, il perdit
son importance politique. Toutefois, en 1724 et en 1725, il publia anonymement
les Lettres du drapier, une série de pamphlets très efficaces
qui eurent pour effet de supprimer le privilège royal accordé à un Anglais
de frapper des demi-sous pour l'Irlande. Swift pensait éviter par ce
moyen une plus grande dépréciation de la monnaie irlandaise. Il continua
à défendre la cause du peuple irlandais, au point de devenir un véritable
héros dans ce pays. En 1729, il écrivit sa Modeste proposition pour
empêcher les enfants des pauvres en Irlande d'être à la charge de leurs
parents ou de leurs pays. Cet ouvrage, d'une ironie terrible suggère
aux familles pauvres irlandaises de vendre leurs enfants comme nourriture
aux riches, afin qu'une charge économique devienne pour elles un profit
général. Cet ouvrage qui développe sur le mode ironique un discours
cynique et cruel fit scandale, car certains en firent une lecture au
premier degré. En 1726, Swift publia anonymement son chef-d'œuvre, intitulé
les Voyages de Gulliver, qui rencontra immédiatement un grand
succès. En règle générale, la satire de Swift était une attaque allégorique
et acide de la vanité, et de l'hypocrisie qui émanaient des gens de
la cour comme des hommes d'État et des partis politiques. Mais en écrivant
ce livre, dont la rédaction dura six ans, Swift eut le temps de mûrir
ses idées sur la société humaine. Le livre raconte les pérégrinations
de Gulliver, un chirurgien embarqué sur un navire et qui, après un naufrage,
se trouve confronté à divers peuples dont les mœurs lui semblent aussi
absurdes que dérisoires, et qui pourtant ressemblent beaucoup aux mœurs
du temps de Swift. Les Voyages de Gulliver sont un ouvrage férocement
amer, qui se moque de l'humanité dans son ensemble. Toutefois, le génie
imaginatif, la finesse d'esprit et la prose simple qui le caractérisent
en ont fait depuis sa parution l'un des livres préférés des enfants.
Swift eut une fin de vie pénible. De plus en plus seul, après le décès
de Stella et de Vanessa, il tomba malade et souffrit de troubles mentaux
qui ne prirent fin qu'à sa mort, le 19 octobre 1745. Il fut enseveli
dans l'enceinte de sa propre cathédrale, près du cercueil de Stella,
et sur la pierre tombale on peut toujours lire l'épitaphe qu'il avait
lui-même écrite en latin : « Ici repose la dépouille de Jonathan Swift,
D.D., doyen de cette cathédrale, qui désormais n'aura plus le cœur déchiré
par l'indignation farouche. Va ton chemin, voyageur, et imite si tu
le peux l'homme qui défendit la liberté envers et contre tout. » C'est un axiome que ceux à qui tout le monde accorde la seconde place ont des titres indiscutables à la première.
Celui qui observe en marchant dans les rues, verra, je crois, les visages les plus gais dans les voitures de deuil.
Cette méthode stoïque de subvenir à ses besoins en supprimant ses désirs équivaut à se couper les pieds pour n'avoir plus besoin de chaussures.
Je demandais à un homme pauvre comment il vivait; il me répondit: «comme un savon, toujours en diminuant».
L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses; c'est ainsi que l'on grimpe dans la même posture que l'on rampe.
L'ignorance, la paresse et le vice sont de sûrs garants de la compétence d'un législateur.
La vision est l'art de voir les choses invisibles.
Le plaisir d'avoir ne vaut pas la peine d'acquérir.
Le positivisme est indispensable aux orateurs. Qui partage ses pensées avec un public pourra convaincre à la mesure de ce qu’il paraîtra lui-même convaincu.
Les caprices de l'espèce femelle ne sont pas bornés à une seule partie du monde ni à un seul climat, mais sont en tous lieux les mêmes.
Les hommes veulent bien qu'on rit de leur esprit, mais non de leur sottise.
Les lois sont semblables aux toiles d'araignée, qui attrapent les petites mouches, mais laissent passer guêpes et frelons.
Les plaintes sont le plus grand tribut que reçoive le ciel et la plus sincère partie de notre dévotion.
Les vieillards et les comètes ont été vénérés et redoutés pour la même raison: leurs longues barbes et leur prétention à prédire les événements.
Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres.
Nul homme sage ne souhaita jamais être plus jeune.
Rien n'est constant dans ce monde, que l'inconstance.
Si un homme me tient à distance, ma consolation est qu'il s'y tient aussi.
Tout le monde désire vivre longtemps, mais personne ne voudrait être vieux.
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