| Ponge, Francis
(1899-1988), poète français, auteur du Parti pris des choses, qui dans
sa poésie tenta d'abolir la distinction entre le mot et la chose qu'il
désigne. Né le 27 mars 1899 dans un famille protestante aisée de Montpellier,
Francis Ponge passe pour avoir eu une enfance facile. Après un double
échec à la licence de philosophie et à l'École normale supérieure, il
adhéra au communisme. Il commença à écrire, mais se tint à l'écart du
monde littéraire. En 1931, il entra comme employé aux messageries Hachette,
et il dut dès lors se discipliner pour préserver un temps quotidien
consacré à l'écriture. Délégué syndical, militant communiste, il perdit
son emploi lors des grèves de 1936, et, en 1940, quitta Paris pour s'engager
dans la Résistance. La publication, en 1942, du Parti pris des choses
le fit reconnaître comme un écrivain de grande valeur. Ce recueil posait
les principaux éléments de son projet poétique, loin des convulsions
et de l'automatisme dont les surréalistes avaient donné l'exemple et
loin de la dimension épique d'un Saint-John Perse, ou de cette forme
de sacré qu'on peut trouver chez René Char, par exemple. Dans ce recueil,
Ponge choisit en effet d'être le poète du quotidien, du matériel, des
objets et des choses (« l'Huître », « le Savon », « l'Orange », « la
Cruche », « l'Appareil du téléphone »). Loin de percevoir et de montrer
le monde à travers sa subjectivité de poète, Ponge prend le parti des
choses, et cherche à leur donner par les mots la possibilité d'une expression.
Le poème, sorte d'équivalent neutre de l'objet, devient alors un véritable
objet littéraire, un « objeu ». Par une savante et complexe utilisation
de l'étymologie, de la graphie, des sons, des jeux de mots, des figures,
la poésie de Ponge devient une sorte de redoublement du réel, qui cherche
à abolir la distinction entre le mot et la chose. De retour à Paris
après la guerre, Ponge se mit à enseigner tout en poursuivant son œuvre
poétique (Proêmes, 1948, la Rage de l'expression, 1952,
le Grand Recueil, 1961, Nouveau Recueil, 1967). Il écrivit
également des essais qui éclairent sa pratique poétique : Pour un
Malherbe (1965), Méthodes (1971), la Fabrique du pré
(1971), Comment une figue de paroles et pourquoi (1977). Salué
par Jean-Paul Sartre, puis par Philippe Sollers et le groupe de Tel
Quel, qui voyait en lui un des auteurs majeurs de la poésie contemporaine,
Ponge, longtemps lu par un groupe restreint d'initiés, fut consacré,
tardivement, par le grand prix de poésie de l'Académie française en
1984. Il mourut à Bar-sur-Loup le 6 août 1988 à 89 ans. C'est par sa mort parfois qu'un homme montre qu'il était digne de vivre.
Il ne faut cesser de s'enfoncer dans sa nuit: c'est alors que brusquement la lumière se fait.
Je: cette apparition mince et floue, qui figure en tête de la plupart de nos phrases.
L'amour-propre et la prétention sont les premières vertus. A leurs limites, se définit la personne.
L'histoire, ce petit cloaque où l'esprit de l'homme aime patauger.
Le langage ne se refuse qu'à une chose, c'est à faire aussi peu de bruit que le silence.
Le siècle du pouvoir de l'homme devint celui de son désespoir.
Notre âme est transitive. Il lui faut un objet, qui l'affecte, comme son complément direct, aussitôt.
Un esprit en mal de notions doit d'abord s'approvisionner d'apparences.
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