| Nodier, Charles
(1780-1844), écrivain français qui fit de son salon le centre du mouvement
romantique. Marqué sans doute par le spectacle de la Terreur et par
des drames personnels (la femme qu'il aimait mourut un an après leur
rencontre, il fut emprisonné pour avoir écrit un pamphlet contre Louis
Napoléon Bonaparte puis participa à un complot manqué qui l'obligea
à s'exiler), Nodier fut toute sa vie imprégné de ce pessimisme, dans
lequel le romantisme français trouva ses racines. Il publia en 1806
les Tristes, ou Mélanges tirés des tablettes d'un suicidé avant
de devenir, en 1813, bibliothécaire à Laibach (aujourd'hui Ljubljana),
capitale des provinces illyriennes de l'Empire, où il s'initia aux légendes
sur les vampires. Ce folklore slovène ainsi que les thèmes des romans
noirs anglais, alors très en vogue, alimentèrent ses premiers récits
fantastiques (Jean Sbogar, 1818 ; Smarra ou les Démons de
la nuit, 1821 ; Trilby ou le Lutin d'Argail, 1822) et ses
pièces de théâtre (le Vampire, 1820 ; Bertram ou le Château
de Saint-Aldobrand, 1821). Parallèlement, Nodier mena une œuvre
de philologue (Dictionnaire raisonné des onomatopées françaises,
1808 ; Archéologue, ou Système universel et raisonné des langues,
1809 ; Examen critique des dictionnaires de langue française,
1828) et d'historien (les Philadelphes. Histoire des sociétés secrètes
de l'armée, 1815), ce qui lui valut d'être nommé bibliothécaire
à l'Arsenal, charge qu'il occupa de 1824 à sa mort. Son salon fut dès
lors le siège de la nouvelle école romantique, avant que Victor Hugo
en prenne définitivement la tête. Les récits qu'il publia ensuite (Histoire
du roi de Bohême et de ses sept châteaux, 1830 ; la Fée aux miettes,
1832 ; Jean-François les Bas-Bleus, 1832 ; Inès de Las Sierras,
1837 ; Franciscus Columna, 1844), en même temps qu'ils confirmaient
sa réputation de conteur fantastique, visaient à illustrer cette idée
selon laquelle l'homme vit constamment entre deux monde, la terre n'étant
pour lui qu'un « lieu de passage ». Son intérêt pour le phénomène du
rêve s'était d'ailleurs déjà manifesté dans un essai (De quelques
phénomènes du sommeil, 1831), qui exerça une influence sur certains
auteurs de sa génération, dont Gérard de Nerval. Reconnu par tous, fondateur
du Bulletin du bibliophile, rallié à la monarchie de Juillet, Nodier
fut élu à l'Académie française en 1833. Ce qu'il y a de plus bas au monde, c'est de mortifier la pauvreté.
Il faut bien passer quelque vanité aux pauvres gens. C'est le seul dédommagement de leurs misères.
Il n'y a pas de moyen plus sûr pour parvenir dans ce monde que de coucher avec la femme d'un homme puissant.
Il ne faut léser personne. Il ne faut pas léser ceux qui tuent. Il ne faut pas tuer le bourreau!
Il y a dans le coeur d'une femme qui commence à aimer un immense besoin de souffrir.
La femme n'était pas de ce monde matériel; c'est la première fiction que le ciel ait donné à la terre.
La science consiste à oublier ce qu'on croit savoir, et la sagesse à ne pas s'en soucier.
Le bonheur, à vrai dire,
est toute la sagesse,
Le plaisir auquel on s'est livré sans défense et sans retour devient le plus inexorable des ennemis.
Le plus grand des crimes, c'est de tuer la langue d'une nation avec tout ce qu'elle renferme d'espérance et de génie.
Les hommes n'ont jamais l'air si heureux que le jour où ils abdiquent leur liberté.
Les rêves sont ce qu'il y a de plus doux et peut-être de plus vrai dans la vie.
Mille ans sont si peu de temps pour posséder ce qu'on aime, si peu de temps pour le pleurer!
On ne recommence plus, mais se souvenir, c'est presque recommencer.
On va loin quand on ne sait pas où l'on va, et qui ne voit le but le passe.
Quiconque est parvenu à discerner le bien du mal a déjà perdu son innocence.
Tous les hommes qui s'ennuient dans une planète passent leur pauvre vie à en aller chercher une autre.
Une femme qui voterait les lois, discuterait le budget, administrerait les deniers publics, ne pourrait être autre chose qu'un homme.
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