| Molière (1622-1673).
De son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, fils d'un bourgeois parisien
aisé possédant la charge de tapissier du roi, il était destiné par son
père à une carrière juridique. Toutefois, dès 1643, il décida de devenir
comédien et fonda, avec sa maîtresse Madeleine Béjart et quelques amis,
une compagnie théâtrale, baptisée l'Illustre-Théâtre. L'année
suivante, il prit la direction de la compagnie, sous le pseudonyme de
Molière, qu'il choisit pour des raisons qui n'ont jamais été élucidées.
Rapidement, l'Illustre-Théâtre connut de véritables succès. Installé
sur la rive gauche, dans le jeu de paume des Métayers, il ouvrit ses
portes le 1er janvier 1644. Bénéficiant de l'incendie qui avait dévasté
la salle des comédiens du théâtre du Marais, l'une des deux troupes
concurrentes, il fit salle comble pendant près de huit mois. En octobre
1644, cependant, après la réouverture du théâtre du Marais, la situation
se dégrada et ce fut bientôt la débâcle financière : Molière fut emprisonné
pour dettes en août 1645. Commença alors une longue période de vie provinciale,
au cours de laquelle la petite troupe voyagea à travers le royaume,
se fixant un temps dans le Languedoc, où elle bénéficia de l'appui du
duc d'Épernon, puis du comte d'Aubijoux. De cette époque date la première
pièce connue de Molière (l'Étourdi, 1653), qui fut créée à Lyon.
La même année, le dramaturge gagna la protection du prince de Conti,
mais la perdit quatre ans plus tard, après que l'ancien libertin se
fut converti à la plus grande austérité religieuse. Privés de soutien
(le comte d'Aubijoux était mort en 1657), les comédiens décidèrent de
rentrer à Paris. Grâce à l'aide de Monsieur, frère du roi, la troupe
eut alors la chance de pouvoir jouer devant Louis XIV et sa cour, et
obtint de partager avec les comédiens italiens la salle du petit Bourbon.
Après y avoir représenté plusieurs tragédies, ainsi que ses deux comédies
(l'Étourdi et le Dépit amoureux, qui avait été créée en
1656), Molière remporta un véritable triomphe avec les Précieuses
ridicules (1659). En 1660, contraints de quitter la salle du petit
Bourbon, les comédiens s'installèrent définitivement au Palais-Royal.
Soucieux de réussir dans le genre noble, Molière écrivit Dom Garcie
de Navarre (1661), tragi-comédie qui n'obtint aucun succès. Il renonça
alors définitivement au genre sérieux et se consacra essentiellement
au comique, qu'il devait explorer dans toutes ses possibilités, de la
farce à la grande comédie, dont il fut l'initiateur. L'École des
maris (1661) et surtout la comédie-ballet les Fâcheux (1661)
firent de lui un écrivain à la mode. Invité à la cour pour y faire représenter
ses œuvres, il suscita dès ce moment des jalousies qui se manifestèrent
avec éclat au lendemain de la création d'une de ses comédies les plus
réussies, l'École des femmes (1662). La fameuse querelle de l'École
des femmes, qui occupa toute l'actualité littéraire de l'année 1663,
avec ses libelles, ses textes satiriques et ses perfidies (on accusa
notamment le dramaturge d'entretenir des relations incestueuses avec
Armande Béjart, qu'il avait épousée en 1662, et qu'on présentait comme
sa fille), témoigne de l'extrême violence des adversaires de Molière.
Celui-ci répliqua en 1663 par deux pièces ayant valeur de manifestes
(la Critique de "l'École des femmes" et l'Impromptu de Versailles)
dans lesquelles il se mit en scène avec ses comédiens. Malgré la protection
du roi, les détracteurs ne cessèrent pas leurs attaques. En 1664,
Tartuffe, qui présentait un personnage de dévot hypocrite, fut interdit
à la demande de l'archevêque de Paris. L'année suivante, Dom Juan,
qui reprenait certains des thèmes de Tartuffe (l'impiété et l'hypocrisie),
fut abandonné après la relâche de Pâques, malgré cinq semaines de triomphe.
La bataille de Tartuffe dura près de cinq ans. Remaniée, la pièce
fut à nouveau interdite en août 1667, mais on la représenta chez le
Grand Condé, qui soutenait Molière, en présence du frère du roi, preuve
du crédit dont le dramaturge jouissait auprès de certains membres influents
de la cour. En 1665, d'ailleurs, Louis XIV avait décidé de prendre officiellement
Molière sous sa protection et avait décerné à ses comédiens le titre
de "troupe du roi". En 1669, l'interdiction finit par être levée, et
les nombreuses représentations de Tartuffe ou l'Imposteur
donnèrent la plus forte recette jamais enregistrée au théâtre du Palais-Royal.
Malgré les difficultés rencontrées, les années 1660 furent exceptionnellement
fertiles pour Molière, qui écrivit et fit représenter le Misanthrope
(1666), l'Avare (1668), Georges Dandin (1668), Amphitryon
(1668) ainsi que trois comédies-ballets (la Princesse d'Élide,
1664 ; l'Amour médecin, 1665 ; Monsieur de Pourceaugnac,
1669). Entre 1664 et 1672, le roi commanda à Molière quinze pièces de
théâtre, et la troupe ne cessa de faire des séjours à la cour, y donnant
près de deux cents représentations. Cela explique d'ailleurs l'importance
accordée par Molière au genre de la comédie-ballet, spectacle mêlant
musique, danse et théâtre, dans la production des dix dernières années
de sa vie (les Amants magnifiques, 1670 ; le Bourgeois gentilhomme,
1670 ; Psyché, 1671 ; la Comtesse d'Escarbagnas, 1671).
Cependant, il fut bientôt supplanté par Lully, promoteur de l'opéra
en France, qui obtint, en 1672, un privilège royal lui accordant l'exclusivité
pour la représentation des œuvres chantées et dansées. Par faveur spéciale,
le roi autorisa néanmoins Molière à intégrer des scènes musicales et
chorégraphiques dans le Malade imaginaire, créé au Palais-Royal
le 10 février 1673. La pièce fut un triomphe. Lors de sa quatrième représentation,
le 17 février, Molière fut victime d'un malaise cardiaque. Transporté
d'urgence, il mourut sans avoir pu recevoir les derniers sacrements,
et ne put être inhumé que grâce à l'intercession d'Armande Béjart auprès
du roi. Contrairement à ce que certains aspects de sa légende font valoir,
la double carrière de Molière, acteur et auteur dramatique, fut une
exceptionnelle réussite. A force de sagesse, on peut être blâmable.
Ah! Qu'en termes galants ces choses-là sont mises!
Ah! que j'ai de dépit
que la loi n'autorise
C'est ainsi q'un amant
dont l'ardeur est extrême
C'est une étrange entreprise que celle de faire rire les honnêtes gens.
Ce style figuré, dont
on fait vanité,
Chose étrange de voir
comme avec passion
En peu de temps parfois on fait bien du chemin.
Et je me ressouviens de mes jeunes amours.
Et l'absence de ce qu'on
aime,
Et moi, je vous soutiens que mes vers sont fort bons.
Et parfois il me prend
des mouvements soudains
Et, dans ce vain savoir
qu'on va chercher si loin,
Il en est de ces beaux songes qui ne vous laissent au réveil que le déplaisir de les avoir crus.
Il faut parmi le monde,
une vertu traitable;
Il faut qu'il ait tué bien des gens pour s'être fait si riche.
Il le faut avouer, l'amour est un grand maître. Ce qu'on ne fut jamais, il nous enseigne à l'être.
Il m'est permis de reprendre mon bien où je le trouve.
Il n'est pas bien honnête,
et pour beaucoup de causes,
Il ne faut point douter
qu'il fera ce qu'il peut,
Il nous faut en riant
instruire la jeunesse,
Il vaut mieux encore être marié qu'être mort.
Il y a plus de quarante ans que je dis de la prose sans que j'en susse rien.
J'ai pour moi la justice, et je perds mon procès!
J'aime mieux un vice
commode
Je hais les coeurs pusillanimes qui, pour trop prévoir n’osent rien entreprendre.
Je vais sortir d'un
gouffre où triomphent les vices,
Je veux qu'on me distingue;
et pour le trancher net,
Je veux qu'on soit sincère,
et qu'en homme d'honneur,
Je voudrais bien savoir si la grande règle de toutes les règles n'est pas de plaire et si une pièce de théâtre qui a attrapé son but n'a pas suivi un bon chemin.
L'hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertus.
L'âge amènera tout, et ce n'est pas le temps, Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.
La faiblesse humaine
est d'avoir
La femme est un certain animal difficile à connaître.
La parfaite raison fuit
toute extrémité,
La parole a été donnée à l'homme pour expliquer ses pensées, et tout ainsi que les pensées sont les portraits des choses, de même nos paroles sont-elles les portraits de nos pensées.
La vertu dans le monde
est toujours poursuivie,
Le ciel défend, de vrai,
certains contentements;
Le scandale du monde
est ce qui fait l'offense,
Les anciens, Monsieur, sont les anciens, et nous sommes les gens de maintenant.
Les femmes d'à présent
sont bien loin de ces moeurs:
Les femmes sont plus chastes des oreilles que de tout le reste du corps.
Les gens de qualité savent tout sans avoir rien appris.
Les inclinaisons naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement.
Leur esprit est méchant,
et leur âme fragile;
On ne meurt qu'une fois, et c'est pour si longtemps!
On veut bien être méchant; mais on ne veut point être ridicule.
Oui, j'aime mieux, n'en
déplaise à la gloire,
Presque tous les hommes meurent de leurs remèdes et non pas de leurs maladies.
Quand sur une personne
on prétend se régler,
Qui veut noyer son chien
l'accuse de la rage,
Un mari est un emplâtre qui guérit tous les maux des filles.
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