| Michaux, Henri
(1899-1984), poète français d'origine belge, auteur notamment de
La nuit remue qui, dans son œuvre profondément originale, poursuivit
incessamment ses recherches expérimentales sur le langage et sur la
difficulté de l'être au monde. Né en 1899 à Namur en Belgique, Michaux
se sentit très tôt "en marge", pour reprendre ses propres mots. Élevé
chez les jésuites, il entama des études de médecine qu'il abandonna
en 1920 ; il embarqua alors pour Rio de Janeiro puis gagna Buenos-Aires.
De retour en Europe, il occupa divers emplois sans grand intérêt en
Belgique, puis partit s'installer à Paris, où il fit la connaissance
de Supervielle, puis de Jean Paulhan, directeur de la NRF. C'est d'ailleurs
Paulhan qui publia son premier recueil, Qui je fus (1927). Après
une nouvelle période de voyages, en Afrique du Nord, en Turquie, en
Inde, en Chine et en Amérique du Sud, Michaux publia deux romans,
Ecuador (1929) et Un barbare en Asie (1932), où il évoque
ses impressions de voyageur. Son œuvre se développa autour des thèmes
du langage, décevant parce que inapte à rendre compte du réel et de
l'être au monde, vécu dans la douleur. Ses poèmes, qui usent d'une langue
expérimentale d'une étonnante inventivité, sont souvent des narrations
fantasmagoriques, à la fois humoristiques et cruelles : Mes propriétés
(1929), Un certain Plume (1930), La nuit remue (1935),
Voyage en Grande Carabagne (1936), Au pays de la magie
(1941), Épreuves, exorcismes (1945), Ici, Poddema (1946),
Ailleurs (1948), la Vie dans les plis (1949), Passages
(1950) et Face aux verroux (1954). Parcourant l'"espace du dedans",
à la recherche de l'"essentiel", la poésie de Michaux évoque aussi l'espace
du dehors : monde cruel, aigu, coupant, hurlant, où le sujet se sent
déplacé et perpétuellement menacé et agressé (la vie de son personnage
Plume est une suite de mésaventures cocasses, sanglantes et finalement
tragiques). Après la guerre, Michaux explora le champ d'expression de
la peinture, qu'il avait approché durant les années 1920. La quête d'une
poésie d'au-delà des mots, inscrite dans le silence, trouva dans le
geste calligraphique un champ pour se déployer : Mouvements,
sa série des dessins à l'encre de Chine, date de 1951. À partir de 1956,
le poète fit l'expérience de la mescaline (sous surveillance médicale)
afin d'étudier les effets de cette drogue puissante sur la créativité.
Il rendit compte de cette expérience dans Misérable Miracle (1956)
et l'Infini turbulent (1957), mais aussi dans Connaissance
par les gouffres (1961) ou les Grandes Épreuves de l'esprit
(1966). Jusqu'à sa mort, en 1984, Michaux ne cessa d'approfondir, à
travers le double moyen de l'écriture et de la peinture, la question
qui reste la question centrale de sa poésie, celle de l'être : Émergences-résurgences
(1972), Chemins cherchés, chemins perdus, transgressions (1981). Avec tes défauts, pas de hâte. Ne va pas à la légère les corriger. Qu'irais-tu mettre à la place?
Comme on détesterait moins les hommes s'ils ne portaient pas tous figure!
En pays jeune, les lendemains vendent des surlendemains.
Il n'y a pas de preuve que la puce, qui vit sur la souris, craigne le chat.
Le désert n'ayant pas donné de concurrent au sable, grande est la paix du désert.
Le matin, quand on est abeille, pas d'histoires, faut aller butiner.
Les jeunes consciences ont le plumage raide et le vol bruyant.
Malheur à ceux qui se contentent de peu.
Mendiant, mais gouverneur d'une gamelle.
Ne laisse personne choisir tes boucs émissaires.
On n'en finit pas d'être un homme.
On n'est pas seul dans sa peau.
Quand les autos penseront, les Rolls-Royce seront plus angoissées que les taxis.
Que de soirs pour un seul matin!
Qui a ses aises dans le vice, trouvera agitation dans la vertu.
Qui laisse une trace, laisse une plaie.
Qui sait raser le rasoir saura effacer la gomme.
Qui s'est abaissé devant une fourmi, n'a plus à s'abaisser devant un lion.
Si un contemplatif se jette à l'eau, il n'essaiera pas de nager, il essaiera d'abord de comprendre l'eau. Et il se noiera.
Tu peux être tranquille. Il reste du limpide en toi. En une seule vie tu n'as pas pu tout souiller.
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