| Mauriac, François
(1885-1970). Né à Bordeaux le 11 octobre 1885 dans le milieu de la grande
bourgeoisie (son père possédait un vignoble de renom), François Mauriac
fut profondément influencé par sa mère, personne sévère et pieuse ;
celle-ci confia l'éducation de ce fils trop sensible aux marianistes
du collège de Grand-Lebrun, dans les environs de Bordeaux. Élevé selon
des principes religieux stricts, Mauriac resta profondément marqué par
ce milieu de la province bordelaise, qu'il ne cessa d'évoquer dans ses
romans. Après avoir commencé ses études de lettres à l'université de
la ville, il prépara l'École des chartes dans l'espoir de "monter" à
Paris. Sa licence en poche, il gagna la capitale malgré les réticences
maternelles. Ses débuts en littérature furent heureux, puisque ses premiers
essais poétiques, parus en revue, reçurent les encouragements de Maurice
Barrès. Mauriac persista dans le genre de la poésie, avec des recueils
comme Adieu à l'adolescence (1911), qui annoncent déjà la thématique
des romans de sa maturité : le désir, l'amour humain, la jalousie, l'amour
divin, la perte et la recherche de la présence divine. Avant la Première
Guerre mondiale, il écrivit également des pièces de théâtre, parmi lesquelles
Asmodée, qui fut représentée avec succès en 1937, ainsi que ses
premiers romans, l'Enfant chargé de chaînes (1912) et la Robe
prétexte (1914). Pendant la guerre, il combattit sous les drapeaux
et dut naturellement interrompre son travail d'écrivain ; il le reprit
de plus belle à la fin du conflit, de telle sorte que, dès les années
1920, notamment grâce au Baiser au lépreux (1922), il devint
l'un des romanciers les plus en vue de sa génération. Il fut élu à l'Académie
française en 1933 et, pendant cette période, se consacra davantage que
par le passé à la rédaction d'essais littéraires ou religieux. En 1937,
Asmodée, son unique réussite théâtrale, triompha à la scène.
Sous l'Occupation, cet homme de la droite traditionnelle fit acte de
résistance en publiant clandestinement un journal de guerre sous le
pseudonyme de Forez : c'est le Cahier noir (1943). Il resta,
après la guerre, profondément attaché à la personne de de Gaulle, qu'il
soutint publiquement à partir de 1958. L'époque cependant sollicitait
le lauréat du prix Nobel de littérature (1952), et dans les années 1950
son engagement le mena à livrer des écrits politiques, polémiques et
pamphlétaires, qui en firent un redoutable — et redouté — chroniqueur
de la grande presse parisienne (Bloc-Notes, 1958 ; le Nouveau
Bloc-Notes, 1968). François Mauriac est mort à Paris le 1er septembre
1970. C'est merveilleux la vieillesse... dommage que ça finisse si mal.
Ce n'est pas toujours le pire que les hommes cachent.
Ce qu'il y a de plus horrible au monde, c'est la justice séparée de la charité.
Combien peu d'amours trouvent en elles-mêmes assez de force pour demeurer sédentaires!
Comme il existe une fausse délicatesse, il existe une fausse vulgarité.
Dans le doute, il faut choisir d'être fidèle.
Ecrire, c'est se souvenir. Mais lire, c'est aussi se souvenir.
Il faut bien donner le nom de l'amour à tous les sentiments tendres que nous eûmes. Mais nous ne saurons jamais si c'était lui.
Il ne faut surtout pas juger Dieu sur les balbutiements de ses serviteurs.
Il ne sert de rien à l'homme de gagner la Lune s'il vient à perdre la Terre.
J'ai peine à croire à l'innocence des êtres qui voyagent seuls.
Judas aurait pu devenir un saint, le patron de nous tous qui ne cessons de trahir.
L'épreuve ne tourne jamais vers nous le visage que nous attendions.
La déception est un sentiment qui ne déçoit jamais.
La nature nous est nécessaire comme le mensonge.
Le christianisme ne souffre pas les coeurs médiocres. L'entre-deux ne vaut rien.
Le désir transforme l'être qui nous approche en un monstre qui ne lui ressemble pas.
Le meilleur que nous puissions attendre des hommes, c'est l'oubli.
Le mépris de l'homme est nécessaire à qui veut user et abuser de l'homme.
Le romancier est, de tous les hommes, celui qui ressemble le plus à Dieu: il est le singe de Dieu.
Les êtres nous deviennent supportables dès que nous sommes sûrs de pouvoir les quitter.
L’empreinte d’un homme sur un autre est éternelle, aucun destin n’a traversé le nôtre impunément.
Là où il n'y a pas de gendarmes, une certaine race d'«honnêtes gens» est capable de tout.
Moins les gens ont d'idées à exprimer, plus ils parlent fort.
N'importe qui sait proférer des paroles menteuses; les mensonges du corps exigent une autre science.
Nous tissons notre destin, nous le tirons de nous comme l'araignée sa toile.
Pour beaucoup de femmes, le plus court chemin vers la perfection, c'est la tendresse.
Presque tous les hommes ressemblent à ces grands palais déserts dont le propriétaire n'habite que quelques pièces; et il ne pénètre jamais dans les ailes condamnées.
Que Dieu préfère les imbéciles, c'est un bruit que les imbéciles font courir depuis dix-neuf siècles.
Rien ne dérange davantage une vie que l'amour.
Un théologien a le droit d'affirmer qu'il sait comment Dieu juge une hérésie, non comment il juge ceux qui professent cette hérésie.
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