| Ionesco, Eugène
(1912-1994), écrivain et auteur dramatique français. De père roumain
et de mère française, il passa son enfance en France, mais rappelé par
son père en 1925 en Roumanie, il apprit le roumain comme une langue
étrangère ; toute son œuvre fut marquée de ce bilinguisme tardif. Il
commença en 1930 sa carrière littéraire en collaborant à de nombreuses
revues roumaines (dont Zodiac) en même temps qu'il assurait sa
subsistance en enseignant le français dans un lycée de Bucarest. Il
s'installa définitivement en France en 1940 et travailla dans l'édition.
Sa première pièce, la Cantatrice chauve (1948-1949), fut montée
par Nicolas Bataille en 1950 au théâtre des Noctambules ; elle reçut
un accueil mitigé de la part d'un public déconcerté mais fut louée par
le critique dramatique Jacques Lemarchand. Ionesco ne cessa par la suite
d'écrire des textes pour la scène en enrichissant son répertoire d'effets
insolites d'abord dans la leçon, Jacques ou la Soumission (1950),
puis dans les Chaises (1952). Cette dernière pièce, considérée
comme son chef-d'œuvre, ajouta au thème récurrent de l'impossible maîtrise
du langage la prolifération de la matière. La prolifération, l'insoluble
lourdeur de la matérialité continuèrent à inspirer les œuvres d'Ionesco
(Amédée ou Comment s'en débarrasser, 1954 ; la Vase, 1955).
À partir de 1956, avec l'Impromptu de l'Alma, son théâtre entra
cependant dans une nouvelle phase. Résistant à la pression brechtienne,
qui prônait un théâtre épique et réaliste, Ionesco milita pour un théâtre
du mythe, dont les deux fleurons furent incontestablement Rhinocéros
(1958) et le Roi se meurt (1962). Ionesco connut de son vivant
la consécration en entrant à l'Académie française (1970) et en voyant
un théâtre parisien, le théâtre de la Huchette, garder sans interruption
ses pièces à l'affiche. On lui doit par ailleurs un roman le Solitaire
(1973) et des réflexions publiées dans plusieurs essais et écrits intimes
(Journal en miettes, 1967 ; Présent passé, passé présent,
1968). Ce n'est que pour les faibles d'esprit que l'Histoire a toujours raison.
Ce sont les ennemis de l'Histoire qui, finalement, la font.
Combien sont faibles ceux qui se sentent coupables tout en pensant qu'ils ne le sont pas.
Je suis convaincu qu'il faut rattacher les émeutes et les troubles estudiantins à un besoin biologique.
L'isolement n'est pas la solitude absolue, qui est cosmique; l'autre solitude, la petite solitude n'est que sociale.
L'oeuvre d'art n'est pas le reflet, l'image du monde; mais elle est à l'image du monde.
Le comique étant l'intuition de l'absurde, il me semble plus désespérant que le tragique.
Le fait d'être habité par une nostalgie incompréhensible serait tout de même le signe qu'il y a un ailleurs.
Le réalisme, socialiste ou pas, est en deçà de la réalité.
Le théâtre peut être le lieu où il semble que quelque chose se passe.
Les résistants hésitent. Les hésitants résistent.
On ne peut pas vivre mal, c'est une contradiction.
Penser contre son temps, c'est de l'héroïsme. Mais le dire, c'est de la folie.
Plutôt que le maître d'école, le critique doit être l'élève de l'oeuvre.
Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux!
Rien n'est grave puisque tout passe. Ou plutôt s'éloigne.
Rien n'est nouveau sous le soleil même quand il n'y a pas de soleil.
Seul l'éphémère dure.
Seul le théâtre impopulaire a des chances de devenir populaire. Le «populaire» n'est pas le peuple.
Un médecin consciencieux doit mourir avec le malade s'ils ne peuvent pas guérir ensemble.
Une forme d'expression établie est aussi une forme d'opression.
Vouloir être de son temps, c'est déjà être dépassé.
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