| Drieu La Rochelle,
Pierre (1893-1945), écrivain français. Drieu La Rochelle fit ses
études à l'École libre des sciences politiques de Paris. La lecture
de Kipling, de Barrès, et plus encore, de Nietzsche, le marquera profondément
; il en gardera cette soif d'accomplissement par l'héroïsme. Mobilisé
en août 1914, il participa aux batailles de Charleroi et de Verdun.
Blessé à deux reprises, hospitalisé, son expérience de la guerre le
déçut ; il vit son espoir viril d'une "grande action" totalement ruiné:
lui qui aspirait à être un "chef, un homme libre qui commande" se retrouva
"veau marqué entre dix millions de veaux et de bœufs". C'est la découverte
de cette immense duperie qu'il racontera en 1934 dans la Comédie
de Charleroi, roman que l'on tient pour son chef-d'œuvre. Il a toutefois
éprouvé de manière intense la fraternité mystique des tranchées, qu'il
estime plus forte que l'antagonisme des belligérants, comme en témoignent
ses poèmes écrits au lendemain de sa démobilisation (Interrogations,
1917). Ses romans mettent en scène une bourgeoisie veule, désabusée
et débauchée, à l'image de sa propre famille et de lui-même: l'Homme
couvert de femmes (1925), Drôle de voyage (1933), Rêveuse
Bourgeoisie (1937) et surtout Gilles (1939) font de Drieu
le témoin lucide mais trop faible du malaise de sa génération. Avide
d'engagement mais convaincu de la vanité de toute action, il se rallia
à l'idéologie d'extrême droite, nouveau remède à ses tiraillements intérieurs,
après une longue hésitation entre fascisme et communisme (Socialisme
fasciste, 1934 ; Chroniques politiques, 1942). La seconde
guerre et l'hégémonie allemande lui parurent l'occasion de construire
une Europe nouvelle, à la fois aristocratique et sociale (le Jeune
Européen, 1927), et il s'engagea avec enthousiasme en 1940 dans
la politique de collaboration avec le régime nazi (voir ses Notes
pour comprendre le siècle, 1941). Il dirigea alors la Nouvelle Revue
française, qui s'égara avec lui. Pourtant, après quelques années, la
politique pétainiste et l'attitude de l'occupant l'inquiétèrent ; les
réticences pointent peu à peu (le Français d'Europe, 1944), et
la déception fait même place au dégoût, y compris celui de sa propre
conduite. Contraint de se cacher à la Libération malgré la protection
d'amis fidèles comme Malraux, il s'empoisonna en 1945 sans chercher
à se justifier, au terme d'une vie très tôt marquée par la tentation
de la mort: il évoquait dans son Récit secret une première tentative
de suicide à l'âge de sept ans. Ceux qui agissent, bâtissent et dépensent profitent des trésors accumulés par ceux qui rêvent, qui prient et qui amassent.
L'extrême civilisation engendre l'extrême barbarie.
La guerre moderne est une révolte maléfique de la matière asservie par l'homme.
Le suicide c'est la ressource des hommes dont le ressort a été rongé par la rouille.
Les dieux naissent avec les hommes, meurent avec les hommes, mais ces races emmêlées roulent dans l'éternel.
Nous saurons qui nous sommes quand nous verrons ce que nous avons fait.
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