|
Un mot et tout est sauvé Les mots que j'emploie, Des mots qui pleurent
et des larmes qui parlent. Car le mot, qu'on le
sache, est un être vivant. Les mots sont les passants
mystérieux de l'âme. Entre deux mots, il
faut choisir le moindre. On ne doit plus craindre
les mots lorsqu'on a consenti aux choses. Les hommes le plus souvent
se querellent pour des mots. C'est pour des mots qu'ils tuent et se
font tuer. Mourir, ce n'est rien.
Commence donc par vivre. C'est moins drôle et c'est plus long. Il est plus facile de
mourir que d'aimer. Mourir, c'est accomplir
un acte d'une portée incalculable. On voudrait revenir
à la page où l'on aime Comment un homme dépourvu
des vertus qui sont propres à l'homme peut-il cultiver la musique ? La musique, c'est du
bruit qui pense. La musique seule peut
parler de la mort. Dans la nature, toutes
les espèces se dévorent: toutes les conditions se dévorent dans la société. La femme la plus compliquée
est plus près de la nature que l'homme le plus simple. C'est une triste chose
de penser que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas. La nature a fait l'homme
heureux et bon, mais [...] la société le déprave et le rend misérable. L'histoire de l'humanité
est un mouvement constant du règne de la nécessité vers le règne de
la liberté. Dans le noir toutes
les couleurs s'accordent. Ce qui est le meilleur
dans le nouveau est ce qui répond à un désir ancien. Il ne faut cesser de
s'enfoncer dans sa nuit: c'est alors que brusquement la lumière se fait. C'est la nuit qu'il
est beau de croire à la lumière. On ne connaît point
les femmes, elles ne se connaissent pas elles-mêmes, et ce sont les
occasions qui décident des sentiments de leur cœur. Nous vivons avec nos
défauts comme avec les odeurs que nous portons: nous ne les sentons
plus; elles n'incommodent que les autres. [...] J'aurai beau tricher
et fermer les yeux de toutes mes forces... Il y aura toujours un chien
perdu quelque part qui m'empêchera d'être heureuse... Allez où vos yeux vous
mènent, L'œuvre d'art n'est
pas le reflet, l'image du monde; mais elle est à l'image du monde. Toute œuvre d'art survivante
est amputée, et d'abord de son temps. Nous nous promenons
entre des ombres, ombre nous-mêmes pour les autres et pour nous. Chacun est l'ombre de
tous. Nul ne doit être inquiété
pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne
trouble pas l'ordre public établi par la loi. Une opinion n'est choquante
que lorsqu'elle est une conviction. Les fausses opinions
ressemblent à la fausse monnaie qui est frappée d'abord par de grands
coupables, et dépensée ensuite par d'honnêtes gens qui perpétuent le
crime sans savoir ce qu'ils font. Les plus pessimistes
d'aujourd'hui ont été les plus optimistes autrefois. Ils poursuivaient
de vaines illusions. L'échec les a découragés. Je me sens très optimiste
quant à l'avenir du pessimisme. Les Optimistes écrivent
mal. L'ordre est le plaisir
de la raison: mais le désordre est le délice de l'imagination. La liberté n'est pas
au commencement mais à la fin. La liberté est le fruit du bon ordre. Le désordre est le meilleur
serviteur de l'ordre établi. Il y a deux degrés d'orgueil:
l'un où l'on s'approuve soi-même; l'autre où l'on ne peut s'accepter.
Celui-ci est probablement le plus raffiné. Le comble de l'orgueil,
c'est de se mépriser soi-même. C'est l'orgueil qui
fait dire non, et la faiblesse oui. La modestie peut également dire
les deux sans passion. Le plus farouche orgueil
naît surtout à l'occasion d'une impuissance. Le beau est toujours
bizarre. L'écrivain original,
tant qu'il n'est pas mort, est toujours scandaleux. L'originalité est souvent
un bloc de préjugés. Tous les êtres viennent
de peu, et il s'en faut de peu qu'ils ne viennent de rien. Si l'on peut en finir
du passé avec l'oubli, on n'en finit pas de l'avenir avec l'imprévoyance. Le meilleur que nous
puissions attendre des hommes, c'est l'oubli. C'est les jeunes qui
se souviennent. Les vieux, ils oublient tout. L'oubli est la condition
indispensable de la mémoire. Le pouvoir d'oublier,
très fort chez les individus, l'est encore plus dans les sociétés humaines. Rien ne me paraît plus
faux que la maxime socratique: Connais-toi toi-même. Le vrai moyen de
connaissance serait plutôt: Oublie-toi toi-même. Qu'est-ce donc qu'oublier
si ce n'est pas mourir ? La guerre, c'est la
guerre des hommes; la paix c'est la guerre des idées. Vous n'avez qu'un jour
à passer sur la terre; faites en sorte de le passer en paix. Le plaisir des disputes,
c'est de faire la paix. La forêt, c'est encore
un peu du Paradis perdu. Dieu n'a pas voulu que le premier jardin fût
effacé par le premier péché. La femme sera toujours
le danger de tous les paradis. Quand l'homme essaie
d'imaginer le Paradis sur terre, ça fait tout de suite un enfer très
convenable. Adam croit dur comme
fer qu'il a été chassé du paradis terrestre. Ève n'en est pas sûre du
tout, et agit, en tout cas, comme si elle y restait. Mieux vaudrait encore
un enfer intelligent qu'un paradis bête. Les vrais paradis sont
les paradis qu'on a perdus. Les paradoxes d'aujourd'hui
sont les préjugés de demain. Pardonne beaucoup aux
autres; à toi, rien. D'ordinaire ceux qui
gouvernent les enfants ne leur pardonnent rien, et se pardonnent tout
à eux-mêmes. Si l’on ne pardonnait
jamais, on ne verrait bientôt plus personne. A défaut du pardon,
laisse venir l'oubli. [...] Pour parler de
soi, il faut parler de tout le reste. Parler plus bas pour
se faire mieux écouter d'un public sourd. Je parle de préférence
avec de vieilles bonnes femmes qui racontent des potins de ménage, ensuite
avec des fous et, en dernier lieu, avec des gens très raisonnables. C'est une grande misère
que de n'avoir pas assez d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement
pour se taire. On ne peut empêcher
les gens de parler, et c'est ainsi que s'écrit l'histoire. La parole n'a pas été
donnée à l'homme: il l'a prise. La parole ne représente
parfois qu'une manière, plus adroite que le silence, de se taire. Je me suis souvent repenti
d'avoir parlé, mais jamais de m'être tu. Chez beaucoup d'hommes,
la parole précède la pensée. Ils savent seulement ce qu'ils pensent
après avoir entendu ce qu'ils disent. La parole a été donnée
à l'homme pour déguiser sa pensée. C'est parce qu'on imagine
simultanément tous les pas qu'on devra faire qu'on se décourage, alors
qu'il s'agit de les aligner un à un. Un beau soir l'avenir
s'appelle le passé Les hommes qui, par
leurs sentiments, appartiennent au passé et, par leurs pensées à l'avenir,
trouvent difficilement place dans le présent. Se repentir du passé,
s'ennuyer du présent, craindre l'avenir: telle est la vie. Seule la
mort, à qui est confié le renouvellement sacré des choses, me promet
la paix. Le passé ne meurt jamais
complètement pour l'homme. L'homme peut bien l'oublier, mais il le garde
toujours en lui. Le présent serait plein
de tous les avenirs, si le passé n'y projetait déjà une histoire. Notre passé et notre
avenir sont solidaires. Nous vivons dans notre race, et notre race vit
en nous. Dans l'affection que
je vous porte, il y a trop de passé pour qu'il n'y ait pas beaucoup
d'avenir. Nous appelons notre
avenir l'ombre de lui-même que notre passé projette devant nous [...] Mon passé, c'est les
trois quarts de mon présent. Je rêve plus que je ne vis, et je rêve
en arrière. Sur la terre, deux choses
sont simples: raconter le passé et prédire l'avenir. Y voir clair au
jour le jour est une autre entreprise. Nous respectons la raison,
mais nous aimons nos passions. Il en est des passions
nobles comme des vices: plus elles se satisfont, plus elles s'accroissent. [...] Les passions tendent
toujours à diminuer, tandis que l'ennui tend toujours à s'accroître. [...] Ce qu'on croit
la dernière fantaisie d'une femme est bien souvent sa première passion. Il n'y a que les passions
et les grandes passions, qui puissent élever l'âme aux grandes choses. Les passions des jeunes
gens sont des vices dans la vieillesse. Ce sont les passions
et non les intérêts qui mènent le monde. J'ai toujours préféré
la folie des passions à la sagesse de l'indifférence. |

Signez et consultez mon Livre d'Or
Tous droits réservés
proverbes-citations
© 2001