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Vous autres, hommes, vous ne devenez jamais de grandes personnes. Pour avoir le droit d'admirer les erreurs d'un grand homme, il faut savoir les reconnaître, quand le temps les a mises au grand jour. C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Chacun de nous a un jour, plus ou moins triste, plus ou moins lointain, où il doit enfin accepter d'être un homme. L'homme n'est ni bon ni méchant, il naît avec des instincts et des aptitudes. Les femmes sont fausses dans les pays où les hommes sont tyrans. Partout la violence produit la ruse. L'Homme n'est l'homme que parce qu'il a su se réunir à l'homme. La douceur de l'homme pour la bête est la première manifestation de sa supériorité sur elle. Dire que l'homme est un composé de force et de faiblesse, de lumière et d'aveuglement, de petitesse et de grandeur, ce n'est pas lui faire son procès, c'est le définir. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits; les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune. L'homme est plus intéressant que les hommes; c'est lui et non pas eux que Dieu a fait à son image. Chacun est plus précieux que tous. Toute aventure humaine, quelque singulière qu'elle paraisse, engage l'humanité entière. Le mensonge n'est pas haïssable en lui-même, mais parce qu'on finit par y croire. Rien n'est plus dangereux qu'une idée, quand on n'a qu'une idée. C'est bon pour les hommes de croire aux idées et de mourir pour elles. Il est rare qu'un homme soit lancé dans la bataille des idées sans vite devenir le comédien de ses premières sincérités. Un homme sérieux a peu d'idées. Un homme d'idées n'est jamais sérieux. Nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie. La vie est faite d'illusions. Parmi ces illusions, certaines réussissent. Ce sont elles qui constituent la réalité. Les plus pessimistes d'aujourd'hui ont été les plus optimistes autrefois. Ils poursuivaient de vaines illusions. L'échec les a découragés. Les illusions tombent l'une après l'autre, comme les écorces d'un fruit, et le fruit, c'est l'expérience. Sa saveur est amère. L'imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai. La raison, c'est l'intelligence en exercice; l'imagination c'est l'intelligence en érection. Je me suis mis d'accord avec moi-même, ce qui est bien la plus grande victoire que nous puissions remporter sur l'impossible. Les maîtres sont ceux qui nous montrent ce qui est possible dans l'ordre de l'impossible. Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte. L'individu s'oppose à la collectivité, mais il s'en nourrit. Les individus sont sortis de l'état sauvage, les nations y sont restées. Les malheureux sont ingrats; cela fait partie de leur malheur. Il y a trois sortes d'ingrats: ceux qui oublient le bienfait, ceux qui le font payer, et ceux qui s'en vengent. Il y a beaucoup moins d'ingrats qu'on ne croit; car il y a bien moins de généreux qu'on ne pense. L'injustice sociale est une évidence si familière, elle est d'une constitution si robuste, qu'elle paraît facilement naturelle à ceux mêmes qui en sont victimes. Seule la vérité peut affronter l'injustice. La vérité, ou bien l'amour. Il n'y a de société vivante que celle qui est animée par l'inégalité et l'injustice. L'intérêt parle toutes sortes de langues et joue toutes sortes de personnages, même celui de désintéressé. La jalousie, c'est un manque d'estime pour la personne qu'on aime. Les hommes croient qu'ils sont jaloux de certaines femmes parce qu'ils en sont amoureux; ce n'est pas vrai; ils en sont amoureux parce qu'ils en sont jaloux, ce qui est bien différent. Il y a dans la jalousie plus d'amour-propre que d'amour. La jalousie voit tout, excepté ce qui est. Les hommes jaloux agacent les femmes, mais les hommes qui ne sont pas jaloux les exaspèrent. Les vieux se répètent et les jeunes n'ont rien à dire. L'ennui est réciproque. Les vieillards sont assez enclins à doter de leurs chagrins l'avenir des jeunes gens. J'étais né pour rester jeune, et j'ai eu l'avantage de m'en apercevoir, le jour où j'ai cessé de l'être. C'est un malheur qu'il y a trop peu d'intervalle entre le temps où l'on est trop jeune, et le temps où l'on est trop vieux. Un seul printemps dans l'année..., et dans la vie une seule jeunesse. On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresses. Car la jeunesse sait ce qu'elle ne veut pas avant de savoir ce qu'elle veut. Jeunesse ne vient pas au monde elle est constamment de ce monde. La jeunesse a cela de beau qu'elle peut admirer sans comprendre. Le vrai trésor de l'homme est la verte jeunesse, Ah! jeunesse - l'homme ne la possède qu'un temps et le reste du temps la rappelle. Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre. La joie est un escargot rampant. Le malheur un coursier sauvage. Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. Le jour, c'est la vie des êtres, mais la nuit, c'est la vie des choses. Le jour est paresseux mais la nuit est active. Tous les jours vont à la mort, le dernier y arrive. N'attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours. Il faut avoir bien du jugement pour sentir que nous n'en avons point. – [...] La Justice coûte cher. – C'est pour ça qu'on l'économise. En vieillissant, on s'aperçoit que la vengeance est encore la forme la plus sûre de la justice. Dieu préfère toujours la clémence à justice. Un coupable puni est un exemple pour la canaille; un innocent condamné est l'affaire de tous les honnêtes gens. Ce qu'il y a de plus horrible au monde, c'est la justice séparée de la charité. L'homme juste produit la justice hors de lui parce qu'il porte la justice en lui. Quand on aime la justice, on est toujours un révolté... Les mots, c'est évident, sont la plus puissante drogue utilisée par l'humanité. Une monstrueuse aberration fait croire aux hommes que le langage est né pour faciliter leurs relations mutuelles. [.. .] Dans toutes les larmes s'attarde un espoir. Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part un autre s'arrête. Il en va de même du rire. Des mots qui pleurent et des larmes qui parlent. Quel poids pèsent nos larmes ? Chaque homme n'est qu'un homme quelconque, à qui il arrive une chose quelconque. Voilà tout, et il n'y a rien de plus. Les larmes prouvent leur amour, elles n'apportent pas leur remède. La plupart des liaisons sont faites de "laissés pour compte" qui se rencontrent et trompent ensemble leurs regrets. L'homme est libre; mais il trouve sa loi dans sa liberté même. Un être ne se sent obligé que s'il est libre, et chaque obligation, prise à part, implique la liberté. Toute société qui prétend assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l'existence. Si l'homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout. Le manteau de la liberté sert à couvrir nombre de petites chaînes. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui [...] Mieux vaut se disputer à l'air libre, que d'être d'accord derrière des barreaux. Tant que l'État existe, pas de liberté; quand régnera la liberté, il n'y aura plus d'État. Je sais mal ce qu'est la liberté, mais je sais bien ce qu'est la libération. La liberté existe toujours. Il suffit d'en payer le prix. Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l'auteur. Un livre est un grand cimetière où sur la plupart des tombes on ne peut plus lire les noms effacés. Je demande à un livre de créer en moi le besoin de ce qu'il m'apporte. Les livres ont les mêmes ennemis que l'homme: le feu, l'humide, les bêtes, le temps; et leur propre contenu. Un livre est une bouteille jetée en pleine mer sur laquelle il faut coller cette étiquette: attrape qui peut. Les lois sont des toiles d'araignées à travers lesquelles passent les grosses mouches et où restent les petites. La vie dicte aux hommes ses lois, qui ne sont écrites nulle part. Lorsqu'on veut changer les mœurs et les manières, il ne faut pas les changer par les lois. Tout poème naît d'un germe, d'abord obscur, qu'il faut rendre lumineux pour qu'il produise des fruits de lumière. Les disciples de la lumière n'ont jamais inventé que des ténèbres peu opaques. La femme est le rayon de la lumière divine. Et l'on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens, Il ne faut cesser de s'enfoncer dans sa nuit: c'est alors que brusquement la lumière se fait. La gloire est un vêtement de lumière qui ne s'ajuste bien qu'aux mesures des morts. |
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