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Il nous faut peu de
mots pour exprimer l'essentiel; il nous faut tous les mots pour le rendre
réel. Que l'importance soit
dans ton regard, non dans la chose regardée. Les choses capitales
qui ont été dites à l'humanité ont toujours été des choses simples. On ne voit bien qu'avec
le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux. On est rarement maître
de se faire aimer, on l'est toujours de se faire estimer. Nous sommes plus jaloux
de la considération des autres que de leur estime. Il y a autant de vices
qui viennent de ce qu'on ne s'estime pas assez, que de ce qu'on s'estime
trop. En France, le provisoire
est éternel, quoique le Français soit soupçonné d'aimer le changement. Quand il existe quelque
chose d'éternel, comment ferais-je pour n'en pas être éternellement
le témoin ? Rien n'est éternel,
pas même la reconnaissance. Il n'est rien de plus
précieux que le temps, puisque c'est le prix de l'éternité. L'éternité n'est guère
plus longue que la vie. La mort [...] ne peut
être pensée puisqu'elle est absence de pensée. Il faut donc vivre comme
si nous étions éternels. Certes, il est beau
de rêver à l'éternité. Mais il suffit à l'honnête homme d'avoir passé,
en faisant son oeuvre. N'espère rien de l'homme
s'il travaille pour sa propre vie et non pour son éternité. L'éternité occupe ceux
qui ont du temps à perdre. Le commencement de toutes
les sciences, c'est l'étonnement de ce que les choses sont ce qu'elles
sont. On s'étonne trop de
ce qu'on voit rarement et pas assez de ce qu'on voit tous les jours. Quand je n'aurais appris
qu'à m'étonner, je me trouverais bien payée de vieillir. On ne peut être et avoir
été. Mais si ! On peut avoir été un imbécile et l'être toujours. Nous saurons qui nous
sommes quand nous verrons ce que nous avons fait. Pourquoi prendrai-je
le parti de ce qui est contre ce qui sera ? Je n'ai jamais rien
étudié, mais tout vécu et cela m'a appris quelque chose. [...] Comme je n'étudiais
rien, j'apprenais beaucoup. Etudiez comme si vous
deviez vivre toujours ; vivez comme si vous deviez mourir demain. Tu trouveras bien plus
dans les forêts que dans les livres. De toutes les écoles
que j'ai fréquentées, c'est l'école buissonnière qui m'a paru la meilleure. Il se mit à étudier
comme un homme se serait mis à boire, pour oublier. Il nous faut toujours
apprendre pour apprendre enfin à mourir. Il y a aujourd'hui une
nationalité européenne, comme il y avait, au temps d'Eschyle, de Sophocle
et d'Euripide, une nationalité grecque. Une guerre entre Européens
est une guerre civile. L'exil, c'est la nudité
du droit. Vous pouvez arracher
l'homme du pays, mais ne pouvez pas arracher le pays du coeur de l'homme. Il est triste de quitter
sa patrie pour toujours, mais il est pire de ne pas avoir le droit de
la quitter. Toute société qui prétend
assurer aux hommes la liberté, doit commencer par leur garantir l'existence. Par cela même que je
connais les choses, les choses n'existent plus. La meilleure preuve
de la misère de l'existence est celle qu'on tire de la contemplation
de sa magnificence. Les illusions tombent
l'une après l'autre, comme les écorces d'un fruit, et le fruit, c'est
l'expérience. Sa saveur est amère. Expérience: un cadeau
utile qui ne sert à rien. Ce dessin m'a pris cinq
minutes, mais j'ai mis soixante ans pour y arriver. L'expérience est une
école onéreuse, mais les sots ne s'instruisent que là. L'expérience, c'est
le nom que chacun donne à ses erreurs. L'expérience instruit
plus sûrement que le conseil. L'expérience est une lanterne que l'on a accrochée
dans le dos et qui n'éclaire que le chemin parcouru
La facilité est le plus
beau don de la nature à la condition qu'on n'en use jamais. La haine, c'est la colère
des faibles ! La tolérance est la
vertu du faible. La haine des faibles
n'est pas si dangereuse que leur amitié. L'homme n'est qu'un
roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. La plus grande couardise
consiste à éprouver sa puissance sur la faiblesse d'autrui. La faiblesse est le
seul défaut que l'on ne saurait corriger. C'est l'orgueil qui
fait dire non, et la faiblesse oui. La modestie peut également dire
les deux sans passion. Je n'avance qu'en tournant
le dos au but, je ne fais qu'en défaisant. Ne rien faire est le
bonheur des enfants et le malheur des vieillards. Si l'on sait exactement
ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ? L'important n'est pas
ce qu'on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu'on
a fait de nous. Il faut toujours s'excuser
de bien faire – rien ne blesse plus. Un fait n'est rien par
lui-même, il ne vaut que par l'idée qui s'y rattache ou par la preuve
qu'il fournit. Tout arrive par les
idées; elles produisent les faits, qui ne leur servent que d'enveloppe. Assurons-nous bien du
fait avant de nous inquiéter de la cause. Une accumulation de
faits n'est pas plus une science qu'un tas de pierres n'est une maison. [...] La fatalité triomphe
dès qu'on croit en elle. Toutes les fois que
la fatalité se prépare à crever sur un point de la terre, elle l'encombre
d'uniformes. C'est sa façon d'être congestionnée. Le coup d'état du christianisme,
c'est d'avoir installé la fatalité dans l'homme. De l'avoir fondée sur
notre nature. C'est drôle comme la
fatalité se plaît à choisir pour la représenter des visages indignes
ou médiocres. On estime beaucoup les
femmes bonnes, mais sans esprit, [...] mais on finit par bâiller auprès
d'elles. De la femme vient la
lumière. Pour savoir jusqu'où
va la cruauté de ces charmants êtres que nos passions grandissent tant,
il faut voir les femmes entre elles. Être belle et aimée,
ce n'est être que femme. Être laide et savoir se faire aimer, c'est
être princesse. Il y a deux manières
de prendre une femme: par la taille et par le sentiment. Aimer les femmes intelligentes
est un plaisir de pédéraste. J'ai toujours été étonné
qu'on laissât les femmes entrer dans les églises. Quelle conversation
peuvent-elles tenir avec Dieu ? Le temps serait venu
de faire valoir les idées de la femme aux dépens de celles de l'homme,
dont la faillite se consomme assez tumultueusement aujourd'hui. L'homme jouit du bonheur
qu'il ressent, et la femme de celui qu'elle procure. La femme ne voit jamais
ce que l'on fait pour elle; elle ne voit que ce qu'on ne fait pas. Les femmes sont héroïques
pour souffrir dans le monde, leur champ de bataille. Dans l'adolescence on
aime les autres femmes parce qu'elles ressemblent plus ou moins à la
première; plus tard on les aime parce qu'elles diffèrent entre elles. Les femmes fidèles sont
toutes les mêmes, elles ne pensent qu'à leur fidélité et jamais à leurs
maris. Depuis la création du
monde il n'y a eu qu'une entente sacrée: la connivence des femmes. Les honnêtes femmes
sont inconsolables des fautes qu'elles n'ont pas commises. On met la femme au singulier
quand on a du bien à en dire, et on en parle au pluriel sitôt qu'elle
vous a fait quelque méchanceté. [...] Ce génie particulier
de la femme qui comprend l'homme mieux que l'homme ne se comprend. Il y a une foule de
sottises que l'homme ne fait pas par paresse et une foule de folies
que la femme fait par désœuvrement. Les hommes et les femmes
conviennent rarement sur le mérite d'une femme: leurs intérêts sont
trop différents. On ne connaît point
les femmes, elles ne se connaissent pas elles-mêmes, et ce sont les
occasions qui décident des sentiments de leur cœur. Il n'est femme qui reste
honnête Le goût du sacrifice
que chaque femme porte en soi-même, comme une fleur prête à fleurir
[...] Il n'y a point de vieille
femme. Toute, à tout âge, si elle aime, si elle est bonne, donne à l'homme
le moment de l'infini. La femme est plus généreuse
que l'homme, et elle ne s'attache pas seulement, comme celui-ci, à la
beauté extérieure. Appelons la femme un
bel animal sans fourrure dont la peau est très recherchée. Si vous voulez plaire
aux femmes, dites-leur ce que vous ne voudriez pas qu'on dît à la vôtre. Pour les femmes, le
meilleur argument qu'elles puissent invoquer en leur faveur, c'est qu'on
ne peut pas s'en passer. Il y a des vies de femmes
qui ne sont qu'une suite de larmes, et dont l'existence, en fin de compte,
est une réussite. Les curés sont consolés
de ne pas être mariés, quand ils entendent les femmes se confesser. Descends d'un degré
pour choisir une femme; monte d'un degré pour choisir un ami. Les femmes ressemblent
aux girouettes: elles se fixent quand elles se rouillent. Émanciper la femme,
c'est excellent; mais il faudrait avant tout lui enseigner l'usage de
la liberté. Partout où l'homme a
dégradé la femme, il s'est dégradé lui-même. Trop souvent, l'histoire
des faiblesses des femmes est aussi l'histoire des lâchetés des hommes. Elle flotte, elle hésite
: en un mot, elle est femme. Une femme intelligente
est une femme avec laquelle on peut être aussi bête que l'on veut. Le mariage est le tombeau
de la femme, le principe de toute servitude féminine. La femme est une table
bien servie qu'on voit d'un oeil tout différent Les Français ne parlent
presque jamais de leur femme; c'est qu'ils ont La femme coquette est
l'agrément des autres et le mal de qui la possède. Certaines femmes, ne
deviennent spirituelles qu'en vieillissant; on C'est nous qui faisons
des femmes ce qu'elles valent et voila pourquoi Les femmes acceptent
aisément les idées nouvelles, car elles sont Les femmes pardonnent
parfois a celui qui brusque l'occasion, mais Une femme a toujours,
en vérité, la situation qu'elle impose par l'illusion qu'elle sait produire. L'homme ne peut pas
vivre sans feu, et l'on ne fait pas de feu sans brûler quelque chose. Le feu n'a plus de fumée
quand il est devenu flamme. Les hommes ne veulent
jamais distinguer entre la constance et la fidélité. Être fidèle, c'est,
bien souvent, enchaîner l'autre. La violence qu'on se
fait pour demeurer fidèle à ce qu'on aime ne vaut guère mieux qu'une
infidélité. La fidélité ne s'affirme
vraiment que là où elle défie l'absence. Les mâles sont surtout
hardis avec les filles pauvres. La jeune fille, ce qu'elle
est en réalité. Une petite sotte et une petite salope; la plus grande
imbécillité unie à la plus grande dépravation. C'était une jeune fille
d'aujourd'hui, c'est-à-dire, à peu près, un jeune homme d'hier. Les filles – ça pose
trop de problèmes, et ça ne les résout pas. La pire colère d'un
père contre son fils est plus tendre que le plus tendre amour d'un fils
pour son père. Un fils est un créancier
donné par la nature. Devant une flamme, dès
qu'on rêve, ce que l'on perçoit n'est rien au regard de ce qu'on imagine. Et l'on voit de la flamme
aux yeux des jeunes gens, Je ne cherche pas à
comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre. Si la raison est un
don du Ciel et que l'on en puisse dire autant de la foi, le Ciel nous
a fait deux présents incompatibles et contradictoires. La foi soulève des montagnes,
oui: des montagnes d'absurdité. – Qu'est-ce que cela
peut faire que je lutte pour la mauvaise cause puisque je suis de bonne
foi ? – Et qu'est-ce que ça peut faire que je sois de mauvaise foi puisque
c'est pour la bonne cause. [...] Un sage se distingue
des autres hommes, non par moins de folie, mais par plus de raison. Si le fou persistait
dans sa folie, il deviendrait sage. Ce n'est pas en enfermant
ton prochain dans une maison de santé que tu prouveras ta raison. L'art des fous peut
nous toucher; il ne nous enrichit que par ce que nous retrouvons en
nous-mêmes de ses étrangetés. Nous sommes tous obligés,
pour rendre la réalité supportable, d'entretenir en nous quelques petites
folies. La folie est de toujours
se comporter de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. [La France] a toujours
cru qu'une chose dite était une chose faite. Il n'y a que les pauvres
de généreux. La vraie générosité
envers l'avenir consiste à tout donner au présent. Il n'y a pas d'enthousiasme
sans sagesse, ni de sagesse sans générosité. La grandeur de l'homme
est dans sa décision d'être plus fort que sa condition. Il n'y a pas de grandeur
pour qui veut grandir. Il n'y a pas de modèle pour qui cherche ce qu'il
n'a jamais vu. En général, il faut
se redresser pour être grand: il n'y a qu'à rester comme on est pour
être petit. Pour la plupart des
hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude
définitive. Il est plus facile de
faire la guerre que la paix. La guerre ! c'est une
chose trop grave pour la confier à des militaires. Personne n'est assez
insensé pour préférer la guerre à la paix; en temps de paix les fils
ensevelissent leurs pères; en temps de guerre les pères ensevelissent
leurs fils. La guerre, c'est la
guerre des hommes; la paix c'est la guerre des idées. Il y a des guerres justes,
il n'y a pas d'armées justes. Quand les riches se
font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. La haine, comme l'amour,
se nourrit des plus petites choses, tout lui va. Plus on aime une maîtresse,
et plus on est prêt de la haïr. Il suffit qu'un seul
homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche
l'humanité entière. Pourquoi nous haïr?
Nous sommes solidaires, emportés par la même planète, équipage d'un
même navire. Le hasard est le plus
grand romancier du monde; pour être fécond, il n'y a qu'à l'étudier. Plus on vieillit et
plus on se persuade que Sa sacrée Majesté le Hasard fait les trois quarts
de la besogne de ce misérable univers. Le hasard, voyez-vous,
ne sert que les hommes forts et c'est ce qui indigne les sots. Il entre dans toutes
les actions humaines plus de hasard que de décision. Il y a eu des vols d'oiseaux,
des courants d'air, des migraines qui ont décidé du sort du monde. Le hasard dans certains
cas, c'est la volonté des autres. Les gens ne sont des
héros que quand ils ne peuvent pas faire autrement. Les héros ne sentent
pas bon ! Il est plus difficile
d'être un honnête homme huit jours qu'un héros un quart d'heure. Toutes blessent, la
dernière tue. Pour être heureux en
vivant dans le monde, il y a des côtés de son âme qu'il faut entièrement
paralyser. Il y a une espèce de
honte d'être heureux à la vue de certaines misères. Il faudrait essayer
d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple. Ils ne sont pas heureux,
ils sont immobiles, ce qui est très différent. Tant d'hommes qu'on
croit heureux parce qu'on ne les voit que passer. L'histoire universelle
est celle d'un seul homme. L'homme n'est pas entièrement
coupable: il n'a pas commencé l'histoire; ni tout à fait innocent, puisqu'il
la continue. L'histoire des hommes
n'a jamais été que l'histoire de leur faim. Ce n'est que pour les
faibles d'esprit que l'Histoire a toujours raison. L'histoire est une galerie
de tableaux où il y a peu d'originaux et beaucoup de copies. L'histoire est le produit
le plus dangereux que la chimie de l'intellect ait élaboré. L'histoire est composée
de ce que les hommes font contre leur propre génie. |

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