| Blanchot, Maurice (1907-
), romancier et essayiste français dont la réflexion porte sur l'écriture,
l'acte d'écrire et sur l'impossibilité de l'œuvre à être autre que l'expression
du désir: "l'espace littéraire" représente l'espace même de la mort.
Personnage extraordinairement discret (on ne connaît guère de l'homme
que ses débuts de journaliste et de chroniqueur littéraire), il s'est
retiré de toute vie publique depuis plus de quarante ans et a fait en
sorte de n'être pas autre chose, aux yeux de ses lecteurs, que son œuvre.
Une œuvre difficile d'ailleurs, même si l'hermétisme n'a rien ici de
gratuit. Sans complaisance, ascétique même, tournant le dos à l'anecdote
et vouée à l'essentiel, sa prose peut être rapprochée de celle d'un
Georges Bataille ou d'un Pierre Klossowski, comme lui peu connus du
grand public mais d'une grande influence dans le monde intellectuel.
Qu'est-ce qu'écrire, quels rapports le sujet entretient-il avec la parole
? Telles sont les questions sans cesse posées par Blanchot, interrogation
philosophique, mais aussi poétique en ce qu'elle débouche plus volontiers
sur l'aporie, le mythe ou le paradoxe: "L'écrivain se trouve dans la
situation de plus en plus comique de n'avoir rien à dire, de n'avoir
aucun moyen de l'écrire et d'être contraint par une nécessité extrême
de l'écrire." Dans sa lecture de Sade, Hölderlin, Rimbaud, Lautréamont,
mais surtout de Mallarmé, Rilke et Kafka, le critique décrit les expériences
les plus épurées de l'engagement existentiel dans la littérature (l'Espace
littéraire, 1955 ; le Livre à venir, 1959 ; l'Entretien infini, 1969).
Parce que, pour lui, le langage anéantit le monde et, de la même manière,
celui qui parle, la littérature est au premier chef une expérience de
la mort "ce discours continu, unique et universel que chacun porte".
L'œuvre romanesque, de moindre importance, est marquée de ces analyses.
Au point que si les premiers romans conservent un minimum de personnages
et un tant soit peu d'intrigue (Thomas l'Obscur, 1941 et 1950 ; Aminabad,
1942 ; le Très-Haut, 1948), les suivants ne tardent pas à se réduire
à des notations du plus grand dépouillement, à des objets insignifiants
mais obsédants, une étrange "présence-absence" de la fiction et d'une
parole sans sujet (l'Attente, l'Oubli, 1962 ; la Folie du jour, 1973). Dans les périodes dites heureuses, seules les réponses semblent vivantes.
L'art nous offre des énigmes, mais par bonheur aucun héros.
L'ordre et les dieux meurent dès qu'un seul homme a poussé son accomplissement jusqu'au terme de la liberté.
La banalité est faite d'un mystère qui n'a pas jugé utile de se dénoncer.
La lecture est un bonheur qui demande plus d'innocence et de liberté que de considération.
La réponse est le malheur de la question.
Le rêve est le semblable qui renvoie éternellement au semblable.
Lorsque tu affirmes, tu interroges encore.
Qui séjourne auprès de la négation ne peut se servir d'elle.
Tout art tire son origine d'un défaut exceptionnel.
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